Kim Jong-il : le pygmée qui rugit
Kim Jong-il : le «pygmée» qui rugit
par Agnès Gruda
Dans son pays, on l’appelle « le cher leader », ses monuments ornent les rues et ses anniversaires sont soulignés par des défilés somptueux. À l’étranger, Kim Jong-il est perçu comme un dictateur ridicule, juché sur des souliers plateforme pour compenser sa petite taille et engagé dans une bataille irrationnelle contre la planète entière.
Pourtant, pour plusieurs experts, le dictateur nord-coréen n’est pas si fou que ça. « Kim Jong-il joue un jeu à haut risque dans lequel l’arme nucléaire est sa dernière carte », estime T.V. Paul, directeur du Groupe d’étude et de recherche sur la sécurité internationale (GERSI), à Montréal. L’enjeu de ses bravades ? Se maintenir au pouvoir, envers et contre tous, croit ce politologue de l’Université McGill.
Selon lui, les services de renseignement nord-coréens lisent tout ce qui s’écrit sur leur pays, en particulier aux États-Unis. Et le « cher leader » estime n’avoir d’autre atout que la menace d’une bombe pour empêcher une attaque contre son régime
Étoile et arc-en-ciel
Mais qui est donc cet homme qui, depuis plusieurs mois, annonce ses intentions nucléaires et tient le monde entier en haleine ? Selon sa biographie officielle, Kim Jong-il serait né en 1942 au mont Paekdu qui, depuis, porte son nom. Sa venue au monde aurait été soulignée par l’apparition d’une étoile et d’un double arc-en-ciel.
En fait, il serait plutôt né en Russie, dans un camp militaire où son père, Kim-il Sung, le fondateur de la Corée du Nord, s’entraînait à l’époque pour combattre le Japon.
Kim Jong-il a suivi le cursus de tous les enfants des apparatchiks du régime communiste nord-coréen. Il a étudié l’économie politique à l’université Kim-Il-sung – le nom de son père. Après avoir obtenu son diplôme, en 1964, il a entrepris sa lente progression vers les plus hauts sommets de la hiérarchie communiste.
C’est en 1992 que Kim fils prend officiellement les rênes du pays. Depuis, son train de vie fastueux et ses conquêtes féminines légendaires ont alimenté les rumeurs les plus farfelues. Pendant que son peuple meurt de faim, Kim Jong-il se délecterait de mets luxueux. Le réseau ABC a estimé qu’entre 1989 et 1999, il aurait dépensé jusqu’à 800 000 $ par an en vins et cognacs fins. Un émissaire russe cité par la BBC affirme l’avoir vu se faire livrer des homards par hélicoptère lors d’un voyage en train.
D’autres rumeurs lui prêtent un faible pour le cinéma hollywoodien qu’il collectionnerait en quantités phénoménales – ce que Kim Jong-il a toujours nié. On lui prête aussi de multiples aventures féminines. Et il aurait fait nommer un bégonia « kimjongilia » pour rendre hommage à sa propre personne…
D’autres informations, moins innocentes, circulent au sujet du mystérieux leader du « pays ermite ». Ainsi, la Corée du Sud l’accuse d’avoir organisé en 1983 un attentat à la bombe à Rangoon, aujourd’hui en Birmanie, où 17 Sud-Coréens ont trouvé la mort. Il aurait aussi, sur un mode plus personnel, orchestré l’enlèvement d’un réalisateur sud-coréen pour en faire un cinéaste à demeure.
On dit aussi de Kim Jong-il qu’il est très malade. Il souffrirait de maladies cardiaques, de troubles rénaux et de diabète pour lesquels il se serait fait secrètement soigner en Russie.
Qu’y a-t-il de vrai dans toutes ces rumeurs ? Difficile de le savoir puisque la Corée du Nord est le pays où les médias sont les plus muselés sur la planète, selon Reporters sans frontières.
Au début des années 2000, Kim Jong-il a tenté d’introduire des assouplissements à sa dictature rouge, après avoir publiquement constaté qu’on ne peut pas « régler des problèmes du XXIe siècle avec des méthodes du XXe». Mais ces changements n’ont pas empêché la Corée du Nord de sombrer dans la famine.
Associé à l’« axe du mal » par George W. Bush, qui l’a déjà traité de « pygmée » en faisant référence à ses 5 pieds 3 pouces, il a choisi de jouer la provocation. Le « pygmée » a rugi. Mais selon certains analystes, il a pu aussi tirer l’élastique trop loin.
« A-t-il tiré sa dernière cartouche ?» demande un analyste du journal suisse Le Temps. C’est que sa toute dernière bravade lui a aliéné son dernier allié – la Chine. Et il aura réussi à faire l’unanimité contre lui.
Sources : Cyberpresse
Posté par Adriana Evangelizt