Londres s'indigne contre les détentions de Guantanamo
Londres s'indigne contre les détentions "inacceptables" de Guantanamo
Londres s'est dissociée jeudi de son allié américain, jugeant les détentions au camp de Guantanamo à Cuba "inacceptables" et "contre-productives" et appelant à sa fermeture.
"La détention continue et sans jugement équitable de prisonniers est inacceptable en terme de droits de l'Homme, mais est également inefficace en terme de contre-terrorisme", a estimé la ministre britannique des Affaires étrangères Margaret Beckett.
Les Etats-Unis ont rejeté ces critiques. "Je pense que c'était lié à un rapport annuel qu'ils ont publié", a déclaré le porte-parole du département d'Etat, Sean McCormack, interrogé au cours d'un point de presse sur les propos de Mme Beckett.
"Ecoutez, nous ne voulons pas garder Guantanamo ouvert pour toujours", a ajouté M. McCormack. "Nous ne voulons pas être les geôliers du monde. Nous attendons vraiment avec impatience le jour où Guantanamo fermera".
Plusieurs ministres britanniques ont déjà critiqué Guantanamo, mais Mme Beckett, qui s'exprimait dans le cadre de la présentation d'un rapport du ministère des Affaires étrangères sur les droits de l'Homme dans le monde, est la première à se montrer aussi ferme et explicite.
Principal allié des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme, la Grande-Bretagne a longtemps fermé les yeux sur les conditions de détention à Guantanamo, dénoncées par de nombreuses organisations de défense des droits de l'Homme.
Le camp a été ouvert après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, qui avaient fait plus de 3.000 morts. Quelque 450 "combattants ennemis" présumés y sont détenus, certains depuis plus de quatre ans sans inculpation. Une minorité a commencé à être jugée par des tribunaux militaires d'exception.
"Nous pensons que le camp devrait être fermé", a soutenu Mme Beckett, ajoutant qu'il était désormais largement admis que l'existence de ce camp avait autant une influence "déstabilisante" que bénéfique pour la sécurité.
Le Premier ministre britannique Tony Blair a décrit à plusieurs reprises Guantanamo comme "une anomalie". En mars, il avait "espéré" sa fermeture. Mais en septembre, il s'était montré plus évasif: "Nous devons nous assurer que les gens là-bas sont assujettis à une procédure judiciaire adéquate, mais qui garantit aussi la sécurité".
Son porte-parole avait été plus loin en disant que M. Blair avait, dans le passé, affirmé que Guantanamo était "une anomalie dont il pense -comprenant les raisons pour lesquelles les prisonniers y ont été placés - qu'il devrait être fermé et les gens qui s'y trouvent traduits en justice".
L'attaque la plus virulente était venue en mai de Peter Goldsmith, principal conseiller du gouvernement britannique, qui a rang de ministre. "L'existence du camp de Guantanamo reste inacceptable et à mon avis il est temps que celui soit fermé", avait-il asséné.
Tous les Britanniques détenus au centre ont été libérés entre mars 2004 et janvier 2005 sur demande expresse du Foreign Office. Jeudi, la cour d'appel de Londres a conclu que le gouvernement britannique n'était pas obligé de demander aux Etats-Unis de libérer les étrangers résidant au Royaume Uni et détenus à Guantanamo.
Les autorités américaines ont toujours soutenu que les détenus étaient traités dans le respect de l'article 3 des Conventions de Genève, qui interdit les traitements cruels, humiliants ou dégradants envers les prisonniers capturés dans un conflit.
En juin, la Cour suprême américaine a cependant estimé que le président américain George W. Bush avait outrepassé ses pouvoirs en instituant les tribunaux militaires d'exception.
Sources : 24 heures
Posté par Adriana Evangelizt