«Les Iraniens ne veulent pas connaître le sort des Irakiens»

Publié le par Adriana Evangelizt

 

 

«Les Iraniens ne veulent pas connaître le sort des Irakiens»

 

 


Carole Vann et Fabrie Boulé Infosud





INTERVIEW Le journaliste et écrivain iranien Akbar Ganji, plusieurs fois primé, était dans la rue à la révolution islamique de 1979, puis opposant et prisonnier politique jusqu’en mars 2006. Il reçoit à Genève le prix Martin Ennals.

Ses détracteurs l'accusent d'être un alibi du régime des mollahs. Plume d'or de la liberté 2006, l'écrivain et journaliste
Akbar Ganji reçoit cette semaine à Genève le prix Martin Ennals. Enfant des quartiers pauvres de Téhéran, Ganji fait partie de ceux qui ont porté l'Ayatollah Khomeïni au pouvoir en 1979. Puis il a rejoint les pasdarans (gardiens de la révolution) jusqu'en 1997. Mais à partir de 1998, mettant en cause les assassinats dans le monde commandités par l'Iran, Ganji publie des articles où il dénonce les plus hauts responsables du régime. Il est emprisonné à son retour d'une conférence à
Berlin. Un an plus tard, il est condamné à six ans de prison jusqu'en 2005. Actuellement, il effectue une tournée mondiale pour dénoncer les violations de droits de l'homme dans son pays.

- Qu'est-ce qui vous a amené à vous distancier de la révolution islamique ?


- Quand la guerre a éclaté avec l'Irak, notre gouvernement voulait que nous nous engagions politiquement dans cette guerre. Nous avons refusé. Nous nous sentions responsables, en tant que gardiens de la révolution, du maintien d'une morale chez nous, mais nous ne voulions pas cautionner cette guerre.

- Quels sont les défis les plus urgents pour la population iranienne aujourd'hui ?


-
Sur le plan interne, ce sont les libertés. Mais depuis les menaces d'invasion des Etats-Unis, notre peuple est devant un dilemme: sa sécurité ou les droits de l'homme. Les Iraniens ont très peur que leur pays soit envahi et détruit. Ils préfèrent pour l'instant un statut quo avec le gouvernement plutôt que risquer de se retrouver dans la situation des Irakiens.

- Qu'attendez-vous de la communauté internationale ?


- Qu'elle insiste pour que les violations des droits de l'homme en Iran fassent partie des priorités. Et que ces négociations soient transparentes. Il faut à tout prix éviter une situation opaque comme en Libye, où Kadhafi donne des garanties de sécurité sur le nucléaire à l'Occident et, en échange, on le laisse tranquille sur les graves exactions de son régime.

- Vous avez dit dans une interview au quotidien Le Monde que si l'Inde et le Pakistan ont le nucléaire, pourquoi pas l'Iran? Vous persistez, après les essais en Corée du Nord ?


- On a déformé mes propos. J'ai effectivement dit, qu'au niveau moral et légal, si un pays a droit au nucléaire pourquoi pas les autres ? Il y a Israël, le Pakistan, l'Inde, la Russie, la Chine, donc pourquoi pas l'Iran ? Mais j'ai aussi dit que le mieux est de désarmer tout le monde.

- Vos détracteurs (des Iraniens à l'étranger) vous reprochent un passé de tueur alors que vous vous présentez aujourd'hui sous les traits d'un Gandhi. Ils disent que vous êtes un opposant alibi pour le régime.


- Qui sont ces gens qui m'accusent de ces maux ? Pourquoi ne vont-ils pas me dénoncer à un tribunal ? Pourquoi n'apportent-ils pas des preuves ? Qui est derrière cette stratégie de diffamation ? Ce n'est pas clair. Mon passé est transparent, je n'ai rien à cacher. Ce n'est pas à moi de prouver que je ne suis pas un meurtrier. J'ai été récompensé par les plus prestigieuses organisations de droits de l'homme qui se renseignent quand même sérieusement avant de décerner des prix. Je suis contre cette manière de s'accuser mutuellement. C'est exactement ce que veulent les services secrets iraniens: distordre nos personnalités.

- Allez-vous rentrer en Iran?


- Oui et il y a des chances que je me fasse emprisonner. Mais le régime sait qu'il aura un prix à payer.

Sources 24 h

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans IRAN

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