Le retour des démocrates vers les recettes Clinton
Le retour des démocrates vers les recettes Clinton
par Francois savary
Le programme démocrate reste modéré dans ses objectifs et repose largement sur la question des inégalités.
Une «nouvelle direction pour l’Amérique»*, tel est le credo du programme de Nancy Pelosi. L’annonce d’une rupture économique radicale, en cas de victoire du parti de l’âne? La représentante de San Fransisco, taxée de «libérale» – au sens américain du terme – par ses adversaires, aurait-elle cédé aux sirènes du changement radical pour appâter l’électeur lambda ?
Un programme social avant tout mais pas révolutionnaire
La lecture du programme, d’une vingtaine de pages, confronte vite le lecteur européen à la réalité américaine: un cadre économique qui ne remet pas en question les principes capitalistes si chers à l’Oncle Sam. L’objectif est, en toutes lettres, de «donner l’opportunité à chacun de réaliser le rêve américain». On ne sera donc pas surpris d’y trouver la volonté de «récompenser la prise de risque en favorisant une large utilisation des stock-options pour les employés».
Des mesures ponctuelles séduisantes
Le programme n’est pas pour autant vide de propositions séduisantes pour l’électorat. Dans l’exposé des mesures ponctuelles, on notera la volonté de relever, sur une période de 2 ans, le salaire minimum de 40%, pour porter le revenu minimum annuel à 15.000 dollars environ. Autres mesures clés, la baisse des taux sur les crédits aux étudiants, une réforme pour alléger la charge fiscale de la classe moyenne, une politique de diminution des charges sur les petites entreprises – estimée à 32 milliards de dollars – et des crédits d’impôts pour les compagnies qui emploieraient les chômeurs de longue durée – plus de six mois dans le cas des Etats-Unis, ce qui peut faire rêver bien des pays européens, où ce dernier se calcule en années.
Le retour des valeurs clintonniennes
Rien de révolutionnaire mais quelque chose de plus élaboré que la seule pérennisation des baisses d’impôts qui semble le seul argument des républicains.
Au-delà des éléments spécifiques, les principes de fond du programme Pelosi ne sont pas de nature à effrayer non plus. Ils ne vont pas sans rappeler l’ère Clinton, que les démocrates avaient eu tendance à mettre de côté durant quelques années. Au premier rang des propositions, une discipline fiscale qui imposerait de financer toute baisse d’impôt par une réduction d’un montant de dépenses similaire. Ensuite, une volonté d’engager une réforme de la santé qui devrait mettre la pression sur les prix des médicaments – les dépenses de santé de 1878 milliards de dollars représentaient 16% du PNB en 2004, dont 188,5 milliards pour les seuls médicaments; enfin, mettre un terme à la privatisation, partielle ou totale, du système de retraite défendue par George W. Bush, mais qui n’a guère avancé, tant le projet est mal conçu! Moins positives, les attaques contre les grandes compagnies, qui se nourrissent des peurs de la globalisation au sein d’une frange de l’électorat. Vouloir assurer la prééminence économique des Etats-Unis (dans le texte) en mettant en cause l’échange international est la faiblesse la plus marquée du programme. Les républicains ne s’y trompent pas et mettent en garde contre le protectionnisme que la victoire des démocrates ne manquerait pas de favoriser, selon eux.
f.savary@agefi.com* Disponible sur le site web de Nancy Pelosi: www.house.gov/pelosi
Le salaire minimum pour mobiliser l’électorat
Karl Rowe, l’éminence grise de Bush, a développé une technique électorale: associer les grandes échéances électorales avec des votations sur les thèmes emblématiques de la droite religieuse (avortement, mariage homosexuel). La technique a su largement mobiliser les «Born Again Christians» en 2004. La hausse du salaire minimum est voulue par le Parti démocrate national. Pour renforcer l’argument, les sections de certains Etats américains ont lancé des initiatives sur le sujet au niveau local; en effet, les Etats ont compétence en la matière, ce qui leur permet d’être plus progressistes que l’Etat fédéral. L’application de la technique Rowe au service de la victoire des démocrates? On jugera le 8 novembre au matin.
Plus largement, la question de la répartition de la richesse entre le travail et le capital est une question clé de l’économie. A plus de 13% du produit national brut, la part de la rémunération échue au capital se situe à des niveaux records depuis cinquante ans; a contrario, celle distribuée au travail se situe sur la marge basse des 64-66% du PNB observée depuis 1950. La hausse de la productivité du travail peine à s’exprimer dans la rémunération des travailleurs. Cette évolution n’est pas forcément saine économiquement, puisqu’elle menace la capacité de la consommation, moteur de la demande, à poursuivre son expansion. En soumettant la question du salaire minimum – dont les vertus économiques sont discutables – tant au niveau fédéral qu’au plan local, le Parti démocrate veut évidemment capitaliser sur l’accroissement des inégalités.
Dans une Amérique où il faut, depuis peu, être milliardaire pour entrer dans le clan des 400 plus grosses fortunes, tel qu’il ressort du magazine Forbes, l’argument interpelle. En un an, ces «happy few» ont accru leur fortune de 120 milliards de dollars. Dans ce contexte, assurer un revenu annuel de 15.000 dollars aux personnes qui contribuent à la réalité du rêve américain par leur travail quotidien ne semble pas une proposition indécente.
Sources : AGEFI
Posté par Adriana Evangelizt