2 - "Rayé de la carte" : la rumeur du siècle

Publié le par Adriana Evangelizt

Il faut d'abord lire la 1ère partie...

 

 

« Rayé de la carte » : la rumeur du siècle


Ce qu’a vraiment dit Mahmoud Ahmadinejad


par Arash Norouzi

 

2ème partie

1ère partie

 

 

L’IRRESPONSABILITÉ DES MÉDIAS

 

 

Le 13 décembre 2006, plus d’un an après la conférence « The World Without Zionism » (« Le monde sans le sionisme »), deux éminents journaux israéliens, The Jerusalem Post et Haaretz, ont fait état d’une menace réaffirmée de la part d’Ahmadinejad. La manchette du Jerusalem Post titrait « Ahmadinejad : Israël sera « anéanti » » (en anglais « Ahmadinejad : Israël will be « wiped out » »), tandis que Haaretz titrait « Ahmadinejad à la conférence sur l’Holocauste : Israël sera « bientôt anéanti » (en anglais : « Ahmadineajd at Holocaust conference : Israel will « soon be wiped out » »).

 

 

Où ont-ils trouvé leurs informations ? Il s’avère que les deux journaux, comme la plupart des médias occidentaux et usaméricains, utilisent très largement les dépêches d’agences de presse comme Associated Press et Reuters en guise de sources pour leurs articles. Il est relativement certain que dans le cas présent leurs sources sont en fait les articles de M. Paul Hughes pour Reuters [27] et de M. Ali Akbar Dareini pour Associated Press [28], parus le 12 décembre.

 

 

Les cinq premiers paragraphes de l’article paru dans Haaretz, attribué à « la rédaction et [aux] agences de Haaretz », sont un plagiat à presque cent pour cent des cinq premiers paragraphes du papier de Reuters. La seule différence est que Haaretz a changé « l’État juif » [18] en « Israël » dans le second paragraphe ; cela mis à part, les deux textes sont identiques.

 

 

L’article de M. Herb Keinon paru dans le Jérusalem Post fait sa petite cuisine avec les ingrédients pris chez Reuters et Associated Press. Comme Haaretz, il utilise sans mentionner sa source la citation suivante d’Ahmadinejad : « « Exactement comme l’Union soviétique a été anéantie et n’existe plus aujourd’hui, le régime sioniste sera bientôt anéanti » a-t-il ajouté ». Un autre passage repose apparemment sur une dépêche de l’IRNA :

 

 

« « Le régime sioniste sera bientôt anéanti de la même façon que l’a été l’Union Soviétique, et l’humanité atteindra alors la liberté. » [29] a déclaré Ahmadinejad mardi lors d’une rencontre dans ses bureaux avec les participants à la conférence, selon l’agence de presse officielle de l’Iran, l’IRNA. Il a déclaré que des élections devraient être tenues qui impliqueraient à la fois « les juifs, les chrétiens et les musulmans de sorte que la population de Palestine puisse choisir elle-même son gouvernement et son avenir, de façon démocratique » ».

 

 

Une fois encore, la première phrase du passage ci-dessus a été purement recopiée de l’article d’Associated press. La seconde phrase y était identique, si ce n’est que « Il a appelé à la tenue d’élections » (« he called for elections ») est devenu « il a déclaré que des élections devaient être tenues » (« he said elections should be held »).

 

 

Mais c’est ensuite que cela devient plus intéressant.

 

 

La citation utilisée dans l’article original d’Associated Press et reprise dans l’article du Jerusalem Post provient prétendument de l’IRNA. Si tel est bien le cas, on doit pouvoir le vérifier facilement. Ça vous dit ? Aller voir à l’adresse suivante : www.irna.ir/en/news/view/menu-234/0612134902101231.htm

 

 

Là, vous découvrirez que la véritable citation rapportée par l’IRNA est :

 

 

« Comme a disparu l’Union Soviétique, disparaîtra aussi le régime sioniste et l’humanité sera libérée. » [30]

 

 

Comparez cela avec la prétendue citation de l’IRNA rapportée par Associated Press :

 

 

« Le régime sioniste sera bientôt anéanti de la même façon que l’a été l’Union Soviétique, et l’humanité atteindra alors la liberté. » [29]

 

 

Dans la version réelle de l’IRNA, le régime sioniste disparaîtra (« vanish ») exactement comme a disparu l’Union Soviétique. Disparaîtra (« vanish », « disappear »). Dans la version malhonnête de l’Associated press, le régime sioniste sera « anéanti » (« wiped out »). Et comment sera-t-il anéanti ? « De la même façon que l’a été l’Union Soviétique. » Cette référence à la Russie [à l’Union Soviétique, plus exactement… NdT] confirme dans les faits le sens réel et la véritable intention des précédentes déclarations antisionistes d’Ahmadinejad, interprétées de manière inexacte, plutôt que d’impliquer une menace militaire ou une surenchère réthorique.


Ce qui vient d’être exposé constitue la preuve irréfutable d’une manipulation médiatique et d’une propagande en action. Associated Press déforme délibérément une citation de l’IRNA pour la faire rendre plus menaçante. Les médias israéliens non seulement répètent la citation factice, mais en plus reprennent sans vergogne les termes exacts de l’article d’origine. Le grand public, sans rien soupçonner, lit cela, se forge une opinion et soutient des guerres d’agression totalement superflues, présentées comme de l’autodéfense, et fondées sur la désinformation.

 

 

Voilà le reflet des déclarations mensongères qui ont conduit les Etat-Unis à envahir illégalement l’Irak, déclenchant une guerre qui est à présent très largement considérée comme une erreur catastrophique. Et pourtant, l’administration Bush et les grands médias serviles continuent de mariner dans la propagande et les spéculations en vue d’attaques contre l’Irak – en augmentant considérablement leur force de frappe - , et contre son voisin bien plus redoutable, l’Iran. Tout cela repose majoritairement sur la supposition dénuée de preuve que l’Iran est en train de fabriquer des armes nucléaires, et sur le mensonge selon lequel l’Iran a promis de détruire physiquement Israël. Vu son étendue et le désastre qui pourrait en résulter, on peut arguer qu’il s’agit là de la rumeur du siècle.

 

 

Le président de l’Iran a écrit deux lettres d’une tonalité plutôt philosophique à l’attention des Etats-Unis. Dans sa première lettre, il signalait que « l’histoire nous montre que les gouvernements oppressifs et cruels ne survivent pas ». Par cette déclaration, Ahmadinejad a également formulé l’avenir probable de son propre régime arriéré, qui lui aussi « disparaîtra de la page du temps » (« will vanish from the page of time »). 

 

 

Notes du traducteur 

 

 

[1] La citation anglaise sur laquelle se base l’auteur de l’article est : « Israel must be wiped off the map », ce qui a le même sens que la traduction française.

 

 

[2] Ahmadinejad a été élu au second tour le 24 juin 2005. Il est en poste depuis le 3 août 2005.

 

 

[3] Les majuscules sont évidemment de l’auteur.

 

 

[4] Le farsi, ou persan, est la langue parlée en Iran. Elle s’écrit en alphabet arabe, mais est une langue tout à fait distincte de la langue arabe. Il s’agit bien-sûr ici d’une transcription en alphabet latin à l’usage du lecteur occidental. La phonétique adoptée est plus précisément à l’usage d’un lecteur anglophone. J’ai choisi de ne pas l’adapter à la phonétique française, n’étant pas moi-même locuteur du persan.

 

 

[5] « régime israélien » sans qualificatif est bien-sûr synonyme de « régime politique israélien ».

 

 

[6] Pour la simple et bonne raison qu’un « régime politique » est une notion dénuée de toute matérialité géographique.

 

 

[7] J’ignore si la double attribution de la particule « de » (dans « disparaître de ») aux expressions « az safheh-ye ruzgar » et « mahv shavad » est une imprécision de l’auteur ou bien une ambiguïté due au persan.

 

 

[8] Les anglophones nomment « Middle-East », c’est-à-dire « Moyen-Orient », ce qu’en français on appelle généralement le « Proche-Orient ». J’ai pris le parti de conserver ici la dénomination issue de l’anglais, qui est géographiquement moins restrictive, et me paraît donc ici plus proche de la réalité, notamment du fait des résonnances de la question palestinienne dans tout le monde musulman (y compris non arabe, donc).

 

 

[9] En fait, il fut réinstallé en 1953 par un coup d’Etat téléguidé par la CIA usaméricaine et le MI6 britannique.

 

 

[10] En français dans le texte.

 

 

[11] Dans cette traduction en anglais, comme dans la phrase en persan, Jérusalem est désignée par son nom arabe, « Qods » (la formule arabe complète étant « Al-Qods al-Sharif »). A noter que le nom hébreu Jérusalem existe dans une forme arabisée (« Urshalim ») qui témoigne au moins en partie du processus systématique d’hébraïsation de la toponymie mis en place par Israël depuis 1948.

 

 

[12] Sous-entendu : de manière également inexacte, puisqu’il s’agit d’une formule reprise de l’Ayatollah Khomeiny.

 

 

[13] Remplacé depuis le 1er janvier 2007 par M. Ban Ki-Moon.

 

 

[14] Ancien Premier ministre d’Israël de 2001 à 2006, co-fondateur du Likoud et du nouveau parti « centriste » Kadima.

 

 

[15] Rappelons au lecteur distrait, auquel une telle exigence ne paraîtrait pas incongrue, qu’Israël bafoue quotidiennement et depuis des décennies plusieurs dizaines de résolutions de l’ONU. Le 19 juin 1967, M . Aba Eban, le Ministre des Affaires Etrangères israélien de l’époque, a d’ailleurs déclaré au New York Times : « Si l'Assemblée Générale [de l’ONU] devait voter par 121 voix contre 1 [celle d’Israël] le retour aux frontières de l'armistice (frontières d'avant juin 1967), Israël refuserait de se plier à cette décision. »

 

 

[16] Ancien Premier Ministre d’Israël de 1984 à 1986, ancien dirigeant du Parti Travailliste israélien, actuel vice-Premier Ministre et Ministre du Développement Régional, figure éminente du parti Kadima fondé par Ariel Sharon, à la tête duquel lui a succédé hud Olmert.

 

 

[17] Ancien Premier Ministre d’Israël de 1996 à 1999, et actuel dirigeant du Likoud, le grand parti de la droite israélienne.

 

 

[18] Je traduis ici « the jewish state » littéralement, par l’expression « l’État juif ». Je conseille néanmoins au lecteur rigoureux de se reporter à la préface de Claude Klein à sa traduction de l’ouvrage le plus connu parmi les œuvres fondatrices du sionisme, « Der Judenstaat » (« L’État des Juifs ») de Theodor Herzl ( La Découverte , 2003). On y trouvera une discussion importante sur la traduction en diverses langues de l’expression allemande originale « Der Judenstaat » qui a essaimé comme on sait.

 

 

[19] Co-fondatrice de Democracy Now ! et charismatique journaliste du réseau de radios indépendantes usaméricaines Pacifica Radio.

 

[20] La « United Nations Special Commission » (Commission spéciale des Nations Unies) a été créée le 3 avril 1991 par la résolution 687 du Conseil de sécurité de l’ONU, un mois après la fin de la première « guerre du Golfe » contre l’Irak de Saddam Hussein. L’Unscom a d’abord été chargée de contrôler, conjointement avec l’Agence internationale à l’énergie atomique ( AIEA ), le démantèlement des armes de destruction massive irakiennes, puis (depuis la résolution 715 du 11 octobre 1991) d’empêcher, par un contrôle permanent, toute reconstruction éventuelle d’un tel arsenal.

 

 

 

[21] On pourrait légitimement se demander : « Quelle paix mondiale ? »…

 

 

[22] La majuscule est de l’auteur. Le lecteur pourra utilement se reporter à la distinction opérée par Norman Finkelstein dans son livre « L’industrie de l’Holocauste : réflexions sur l’exploitation de la souffrance des Juifs », Ed. La Fabrique , 2001. Finkelstein y distingue l’ « Holocauste » comme mythe et l’ « holocauste » comme événement historique (l’extermination des Juifs par le régime nazi, qui a assassiné 5,1 millions de Juifs, selon Raul Hilberg, « La destruction des Juifs d’Europe »,).

 

 

[23] L’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee – c’est-à-dire le Comité Américain aux/sur/pour les Affaires Publiques d’Israël) est le principal lobby pro-israélien (et donc pro-sioniste) juif aux États-Unis. Il est bien écrit ici « lobby pro-israélien juif », ce qui n’a rien à voir avec la notion de « lobby juif », qui prête le flanc aux accusations d’antisémitisme. L’AIPAC se définit lui-même comme « lobby pro-Israël » ( www.aipac.org )

 

 

[24] En anglais, « Words of Hate : Iran ’s escalating threats ».

 

 

[25] Ce qui est bien-sûr un secret de Polichinelle connu de tou-te-s, mais les dirigeants israéliens ne s’en gardent pas moins de le révéler. Rappelons que M. Mordechaï Vanunu, le technicien atomiste israélien qui en 1986 a révélé au Sunday Times l’existence de l’arsenal nucléaire israélien, a passé dix-huit ans en prison (en isolement total). Il est toujours assigné à résidence en Israël et étroitement surveillé.

 

 

[26] Ce qui n’a nullement empêché les gouvernements israéliens successifs de mettre beaucoup en œuvre pour procéder à ce que l’historien israélien Ilan Pappé lui-même a qualifié de « nettoyage ethnique » (une forme d’ « annihilation », jusqu’à preuve du contraire !) à l’encontre des Palestiniens (et donc de la « nation » palestinienne).

 

 

[27] Intitulé « Iran president says Israel’s days are numbered », c’est-à-dire : « Le Président iranien affirme que les jours d’Israël sont comptés ».

 

 

[28] Intitulé « Iran President : Israel will be wiped out », c’est-à-dire : « D’après le président iranien : Israël sera anéanti ».

 

 

[29] « The Zionist regime will be wiped out soon the same way the Soviet union was, and humanity will achieve freedom. »

 

[30] « As the Soviet Union disappeared, the Zionist regime will also vanish and humanity will be liberated. »

 

 

Article original, également publié sur  Globalresearch.ca

Traduit de l’anglais et présenté par Xavier Rabilloud, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft : elle est libre de toute reproduction, à condition de respecter son intégrité et de mentionner auteurs et sources.

 

 

Sources Global Research

 

 

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans IRAN ISRAEL

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