Scénario d'une guerre presque vraie
Là, je pose plusieurs petits articles qui parlent des bases américaines situés en Allemagne. Tenez vous bien, il y en a 253. L'Allemagne est la plaque tournante de la guerre en Irak. Ils vont même jusqu'à rechercher des figurants Arabes -500- pour simuler des combats avec les Américains...
Scénario d’une «guerre presque vraie»
L’armée des Etats-Unis cherche 500 figurants qui prendront le rôle des Irakiens sur la base américaine de Hohenfels. – «Il pourrait y avoir des explosions»
Faisal Hussain, un journal à la main, descend du métro. Cet Irakien de 30 ans a lu la veille une annonce «cherchons figurants parlant l’arabe». L’étudiant en physique a besoin d’argent et se rend donc au 10 avenue Willy-Brandt à Munich-Riem. A l’entrée de cette triste construction, une affi che: «Casting/Info Statisten/ 4. Stock» (Casting/Info fi gurants/4e étage). Il dira plus tard qu’en montant les 4 étages il a pensé à Hollywood: «films terroristes ou quelque chose dans ce genre». Là, il trouve déjà un groupe d’arabes, quelques-uns portant cravate et munis d’un dossier de candidature. Arrive un certain M. Kleine (les noms sont modifiés) grand et maigre, il conduit le groupe dans une salle et parle pendant une dizaine de minutes. Il emploie les mots «fi gurants», «Hohenfels », «trois semaines» et ne parle au début ni de l’Amérique ni de l’Irak.
Kleine explique ensuite aux vingt hommes qu’ils doivent simuler des civils sur un champ de bataille à Hohenfels («Civilians on the Battle field») et ce, sans caméra et sans «catering», donc pas vraiment comme à Hollywood. Un Marocain au deuxième rang se tord de rire. Mais tous les autres, Irakiens, Marocains, Tunisiens et un homme du Kosovo sont plutôt surpris. Kleine devient plus net. En mission pour l’armée américaine, l’entreprise de Kleine, «entreprise de détectives privés, de service et de la sécurité» à Rostock cherche 500 civils arabes prêts à participer à une guerre fi ctive à Hohenfels. Pour ces «soldats» ce sera un «entraînement interculturel». Les figurants devront représenter au mieux la société civile irakienne. Début janvier, le président des Etats-Unis George W. Bush a annoncé l’envoi de 21 500 soldats supplémentaires en Irak.
Un salaire de 1900 euros
Et voici le scénario: un sergent d’une vingtaine d’années arrive des Etats-Unis en Europe. De là, il sera envoyé en Irak qu’il devra pacifi er. En Europe, il sera stationné un certain
temps à Oberpfalz, plus exactement à Hohenfels, deuxième base de l’OTAN entre Regensburg et Nurenberg. Faisal Hussain sera, lui aussi, à Hohenfels – comme acteur, il portera un turban et ne se rasera plus. Il ne comprendra pas le sergent venu des Etats-Unis, peut-être vont-ils s’insulter dans leur propre langue devant l’habitation de Hussain, peutêtre même que le sergent, pris de panique, tirera sur Hussain et alors Hussain devra quitter «le jeu». Un travail très dur pour tous. A partir du 20 mars et pendant trois semaines les 500 figurants seront isolés du monde extérieur. Le revenu brut sera de 90 euros par jour, soit au total à peine 1900 euros. Les Arabes venus au casting ont un besoin urgent d’argent. Ils sont soit au chômage, soit des étudiants ou artistes ayant un travail occasionnel. Kleine fait passer quelques photos du camp d’instruction de Hohenfels. Les photos montrent des chars blindés, des hélicoptères, des baraques militaires, des habitations primitives et même à l’arrière-plan un minaret.
Kleine a déjà été à Berlin et à Hambourg, bientôt il sera dans d’autres villes pour le recrutement. Kleine est encore très jeune et parfois il fait une plaisanterie et la souligne chaque fois comme telle. Kleine insiste: «Pour qu’il n’y ait pas de malentendus, vous ne serez pas les méchants». En prononçant les mots «des méchants» il lève les bras en l’air et il trace avec ses deux index deux guillemets imaginaires.
Les Arabes, logés dans dix villages artificiels et déguisés en Irakiens, devront se mettre dans la peau des villageois. Les soldats, eux, patrouilleront ces villages et fouilleront les lieux. Des manifestations massives et des attaques sur les soldats seront simulées. Kleine dit qu’il pourrait y avoir des détonations de grenades ou de bombes fumigènes.
Rafle nocturne
Les participants posent maintenant des questions. Un jeune tunisien demande qui lui garantit qu’il va ressortir indemne du camp «Hohenfels Combat Maneuver Training Center». Kleine répond qu’il y aura des observateurs et contrôleurs pendant les exercices et que des arbitres veilleront à ce que les règles soient respectées. Des cartouches à blanc seront utilisées à la place des munitions amorcées. Kleine explique que, par mesure de sécurité, tous les civils porteront des récepteurs sensoriels. Même Faisal Hussain a peur car lui aussi était soldat dans l’armée irakienne et il se méfie en ce qui concerne l’utilisation des cartouches à blanc. Il dit: «Je sais comment ça marche dans
l’armée.» Ce qui n’est pas admis dans le camp sont les portables, les ordinateurs mobiles,
les jeux de ballon, il est également interdit de faire du jogging, de consommer des drogues et de boire de l’alcool. Les flexions des genoux, des bras et les jeux de cartes par contre sont tolérés et Kleine ajoute avec enthousiasme «et aussi manger». Son humour n’a pas de limite et il ajoute: en mangeant trois fois par jour et pendant trois semaines la «tambouille» militaire, vous n’allez plus vous reconnaître tellement vous allez grossir.
Il faut cependant ajouter qu’il se peut que les figurants soient réveillés la nuit pour participer à une rafle dans un des villages et que les uns ne puissent se doucher que tous les deux jours. Celui qui n’agit pas selon les règles est renvoyé immédiatement.
Et les Américains? – «Ma foi!» dit Faisal Hussain «les Américains ne sont pas des supermen » et sous le régime de Saddam Hussein c’était encore pire. Lorsque Kleine afini son exposé, Hussain descend au deuxième étage, entre dans un bureau où le recrutement a lieu. Échange de quelques mots en alllemand, en anglais et Hussain signe le questionnaire. Les vingt autres arabes font de même. Ils ont tous besoin d’argent!
Et Hussein de penser: comme Irakien je pourrais peut-être donner quelques tuyaux importants aux soldats. •
Dans l’ensemble, ce rapport révèle une des actions actuellement en cours en Allemagne. La population a toutes les raisons d’examiner de plus près ce qui se passe dans les alentours des 253 bases militaires américaines sur sol allemand. Tout en estimant ce rapport, il est quand même dommage que l’auteur ait choisi, parmi les innombrables réfugiés irakiens qui arrivent maintenant dans le pays, cet étudiant de physique prêt à
collaborer avec les Etats-Unis pour quelques euros.
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«L’Allemagne – plaque tournante de la guerre en Irak»
C’est par ces paroles qu’une des personnalités fortes, une femme, très experte dans le mouvement pacifiste américain, résume le rôle que joue actuellement l’Allemagne, lors d’une récente visite en Europe. Ceux qui ont mis leurs espoirs dans l’élection du nouveau
congrès américain et se sont réjouis, dans leurs efforts pour un monde plus raisonnable et plus paisible, de la victoire des démocrates, sont déçus depuis longtemps. La guerre continue - les démocrates américains faisant preuve ainsi de leur évident mariage avec les grands capitaux, ce qui fait qu’il ne faut pas s’attendre à une amélioration provenant
de ce côté-là. Voilà où nous en sommes aujourd’hui. Le marathon de discours de la semaine passée, avant que les premiers crédits de guerre passent au vote, n’annonce rien de bon. Pour sauver les apparences d’un prétendu écart des opinions des démocrates
par rapport à l’administration Bush, les crédits seront reliés à quelques conditions. La première prévoit de donner aux soldats suffisamment de congés – comme s’il était à imputer à l’épuisement des soldats et non pas à la hiérarchie des ordres donnés que les guerres menées par l’Occident deviennent, depuis la chute du rideau de fer, de plus en plus monstrueuses. Et la deuxième préconise de leur donner une formation «appropriée» à la guérilla et au combat de rues – comme si ce qu’ils ont appris en matière de carnage, depuis la guerre du Vietnam, ne suffisait pas!
Le fait que l’Allemagne soit la plaque tournante s’impose à un nombre croissant de citoyens. Ces derniers jours, on peut constater, à titre d’exemple, que des camions passent par la sortie de clôture d’une petite base américaine à Germersheim, située dans la périphérie de Karlsruhe, et ceci à des intervalles d’une demi-heure environ, 24 heures sur 24. On dit qu’ils sont chargés de matériel logistique de combat, d’armes et de munitions. Leur route: ils traverseraient les Balkans et la Turquie pour gagner ainsi le Nord de l’Irak. On peut s’attendre d’ores et déjà à ce que, dans quelques années, l’un des services secrets de la génération actuelle en dérivera une culpabilité collective du peuple allemand, ce qui détournera l’attention publique des véritables auteurs.
Le cas de la base militaire américaine de Hohenfels (Palatinat Supérieur, située entre Regensburg et Nuremberg) et le genre d’exercices militaires actuellement en cours là-bas nous apprennent d’ailleurs, d’une manière évidente, que les sombres plans des Démocrates américains ne tardent pas à se réaliser: il s’agit apparemment de préparer les soldats à la guérilla. Là encore, il n’est pas difficile d’anticiper les points de vue offi ciels diffusés dans un proche avenir. Les politiciens des diverses orientations sionistes ne cacheront point leur satisfaction par rapport à ce projet tandis que ces témoignages d’excitation joyeuse pourraient pourtant, éventuellement, réveiller quelques dormeurs là où on ne les aurait jamais supposés. D’ailleurs, des rumeurs courent qui disent que, ces derniers temps, ils auraient aussi infiltrés les partis de Gauche. Ils seront sans doute suffisamment cyniques pour affirmer qu’il leur semble bon que les réfugiés des régions en guerre trouvent un «boulot». Même procédés que ceux d’Hitler, qui a toujours tiré profit de la sympathie publique pour avoir vidé les rues des villes allemandes des chômeurs.
La base militaire de Germersheim
Un dépôt américain de distribution de matériel de guerre (US Depot Defense Distribution DDDE) se trouve à Germersheim près de Karlsruhe. Il a la tâche de fournir l’approvisionnement pour l’armée étasunienne pendant les engagements. C’est une des 253(!) bases américaines en Allemagne mentionnées sur le site Aktivepolitik.de. Non loin de Germersheim près de Kaiserslautern se trouve une Station américaine de camions de transport (6966th Transportation Truck Terminal TTT) et la base aérienne de Ramstein qui sert de plaque tournante pour diffuser le matériel militaire dans le monde entier.
La base militaire de Hohenfels
La base militaire de Hohenfels (16 000 hectares), en Bavière, est la plus grande base de l’armée américaine en Europe après celle de Grafenwöhr (environ 30 000 hectares). Les Américains la qualifient de «Combat Maneuver Training Center».
L’armée y perfectionne sa tactique et ses stratégies opératoires, tandis qu’à Grafenwöhr, on s’entraîne à l’emploi des systèmes d’armes.
Ainsi, on s’y est entraîné de façon aussi réaliste que possible, dans des grottes artificielles, en vue de la bataille des grottes de Tora Bora. Et du 20 mars au 11 avril de cette année, l’armée américaine y entraînera ses soldats au combat antiguérilla en Iraq.
D’après le journal régional «Der neue Tag / Sulbach-Rosenberger/Amberger Zeitung» du 7 octobre 2004, cette base avait été construite par la Wehrmacht en 1938 et lui servit de camp de prisonniers pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1951, l’Etat allemand, propriétaire du camp, le céda à l’armée américaine. Lors de son agrandissement, cette même année, toute une commune dut être «évacuée». D’après le service de presse de Hohenfels, il n’existe nulle part au monde de camp d’instruction équivalent pour les soldats américains.
Sources Horizon et débats
Posté par Adriana Evangelizt