Le départ de Wolfowitz
Si Wolfowitz tombe, Cheney le suivra de près...
Le départ de Wolfowitz
La crédibilité de Paul Wolfowitz à la tête de la Banque mondiale est maintenant trop abîmée pour qu'il reste. Il doit démissionner et, s'il refuse, le conseil d'administration doit le remplacer. Il est de tradition que les Etats-Unis nomment un Nord-Américain à la présidence, tandis que le poste de directeur général du Fonds monétaire international (FMI), l'organisation soeur, revient à un Européen. Mais les Européens, qui détiennent 32 % du capital de la Banque contre 16 % aux Américains, ont des armes pour agir.
Paul Wolfowitz est un des néoconservateurs arrivés au pouvoir, à Washington, dans les bagages de George Bush. Numéro deux du Pentagone, il a été l'un des plus influents conseillers du président en faveur du déclenchement de la guerre d'Irak. En 2005, M. Bush l'a nommé à la tête de la Banque mondiale, décision qui a surpris parce que M. Wolfowitz était plus connu comme spécialiste de la stratégie militaire que comme expert en matière de développement économique du tiers-monde, l'objet de cette institution créée en 1945.
A la Banque, depuis deux ans, M. Wolfowitz ne s'est pas acquis une bonne réputation. On l'accuse de s'être entouré d'une garde rapprochée de personnalités qui sont intellectuellement proches de lui, mais qui sont venues de l'extérieur. On lui reproche un comportement solitaire et rigide. On critique sa volonté d'axer trop exclusivement la politique de la Banque mondiale sur l'Afrique et sur la lutte anticorruption.
Cette dernière exigence se retourne aujourd'hui contre M. Wolfowitz. En 2005, à son arrivée, il a demandé à ce que sa compagne, qui travaille au département Moyen-Orient de la Banque, soit déplacée pour éviter tout conflit d'intérêts. Le principe était bon. Mais la mise en oeuvre, non, car M. Wolfowitz a dicté ensuite, autoritairement, les conditions du transfert de sa compagne au département d'Etat et le montant de l'augmentation salariale dont elle a été gratifiée au passage. Il dit en avoir prévenu son conseil, mais celui-ci a indiqué qu'il n'en avait jamais discuté.
M. Wolfowitz est aujourd'hui isolé, à l'exception de M. Bush qui lui conserve "sa confiance". L'association des employés lui demande de démissionner. Thierry Breton, le ministre français, estime que la Banque doit avoir "une gouvernance irréprochable". Le ministre brésilien s'interroge pour savoir si M. Wolfowitz peut conserver "l'autorité morale" pour diriger cette institution.
La réponse est négative. Certains reproches adressés à l'ancien numéro deux du Pentagone sont mal placés. La lutte contre la corruption doit rester une priorité de la Banque parce qu'elle ruine le développement de beaucoup de pays. Mais c'est précisément pour cette raison que M. Wolfowitz doit partir. Il a perdu la crédibilité nécessaire dans la mission qu'il revendique.
Sources Le Monde
Posté par Adriana Evangelizt