Bush a perdu son pari
Bush a perdu son pari
Les attentats du 18 avril à Bagdad signent l'échec de la stratégie de sécurisation lancé le mois dernier par les Américains, estime l'éditorialiste du The Daily Telegraph, habituel soutien de la guerre en Irak.
Les attentats à la bombe d'hier ont tué plus de 170 personnes à Bagdad. C'est un coup terrible pour George W. Bush, qui avait misé sur un renforcement de la présence militaire américaine dans la capitale. La semaine dernière, les GI avaient déjà essuyé un autre camouflet lorsqu'une attaque suicide avait été perpétrée contre le Parlement, situé au cœur de la Zone verte, pourtant redoutablement fortifiée. Cette fois, les soldats américains et leurs homologues irakiens ont été ébranlés par la frappe de loin la plus meurtrière depuis le 14 février, jour où la "nouvelle vague" de déploiement a été officiellement lancée.
Comme bien souvent auparavant, la cible principale était un marché. Celui-ci avait déjà été frappé le 3 février par un camion piégé qui avait tué au moins 130 personnes. Cela en dit long sur l'efficacité des efforts américains et irakiens afin de protéger ces espaces publics en les entourant de murs.
En annonçant l'envoi de renforts, Bush avait rappelé que 80 % des violences intercommunautaires en Irak avaient lieu dans un rayon de 45 kilomètres autour de Bagdad. Il avait alors affirmé qu'en accroissant les effectifs militaires américains et irakiens, et en appliquant de nouvelles règles d'engagement, il serait possible non seulement de nettoyer les quartiers concernés, mais aussi de les tenir, une fois chassés les terroristes.
Les attentats d'hier, qui comptent parmi les plus sanglants commis depuis la chute de Saddam Hussein, en 2003, accroissent l'impression que ces renforts de dernière minute décrétés par le président américain sont trop peu nombreux et trop tardifs. Depuis le début, l'occupation de l'Irak a souffert d'une pénurie de troupes étrangères. C'était prendre un risque que de calculer qu'en déployant cinq brigades supplémentaires on parviendrait à faire pencher la balance.
Peut-être peut-on se consoler en considérant un autre événement qui s'est produit hier en Irak. Les Britanniques ont transféré la responsabilité du maintien de la sécurité aux autorités irakiennes dans la province de Maysan. C'est comme si les deux principaux acteurs de la coalition vivaient aujourd'hui dans des mondes différents : les Britanniques préparent leur retrait, tandis que les Américains sont désespérément pris au piège de leur tentative de redresser une opération militaire qui est un ratage monumental.
Toute avancée dans le Sud est la bienvenue, mais ce sont la capitale multiethnique et ses environs qui détiennent la clé de la sécurité du pays. Conséquence des dernières atrocités, qui ont eu lieu dans des quartiers essentiellement chiites, on court le risque de voir l'Armée du Mahdi de Moqtada Al-Sadr descendre dans les rues pour riposter, prenant les forces de sécurité dans les tenailles d'une mini-guerre civile.
Il faut continuer d'espérer qu'au cours des prochains mois les militaires réussissent à prendre le dessus, ce qui permettrait aux Irakiens d'assumer la responsabilité totale de leur sécurité d'ici à la fin de l'année. Mais les derniers attentats laissent peu de place à l'optimisme.
Sources Courrier International
Posté par Adriana Evangelizt