Paul Wolfowitz, un faucon à la Banque mondiale
Un article qui date un peu mais qui donne le ton quant à la nomination de Wolfowitz à la Banque Mondiale qui a été vue comme une provocation par de nombreux pays.
LE CHOIX DE BUSH
Paul Wolfowitz, un faucon à la Banque mondiale
par Marie Beloeil
Le président américain a désigné son secrétaire adjoint à la Défense comme candidat à la présidence de la Banque mondiale. Paul Wolfowitz, ces dernières années, s'était illustré comme principal artisan de la guerre en Irak. Sa nomination est-elle une bonne nouvelle ? Les avis sont partagés, surtout aux Etats-Unis.
Mais que se passe-t-il donc à la Maison-Blanche ? "Quelqu’un, au département des ressources humaines, s’en donne un peu trop à cœur joie", s’emporte le Los Angeles Times. Mercredi 16 mars, le président George W. Bush a désigné Paul Wolfowitz comme candidat à la présidence de la Banque mondiale. Un poste traditionnellement attribué à un Américain, alors que la direction du Fonds monétaire international est la chasse gardée des Européens. La nomination de l’actuel secrétaire adjoint à la défense américain, pour être effective, devra obtenir l’aval du conseil d’administration de la Banque mondiale, où siègent les représentants des 184 Etats que compte l’organisation.
Pour le Los Angeles Times, c’est une erreur de casting. Une de plus. "D’abord on a nommé John Bolton, un pur sceptique quand il s’agit de parler diplomatie et traités, comme ambassadeur aux Nations unies, cet antre du multilatéralisme", vitupère le quotidien californien. "Maintenant, George Bush nomme Paul Wolfowitz à la tête de la Banque mondiale", poursuit-il. A qui le tour, parmi les néoconservateurs qui entourent le président américain ? Doit-on s’attendre à voir "Donald Rumsfeld transféré à la tête de l’UNICEF" ? Et le journal de la côte Ouest d’ironiser : "Peut-être que Rumsfeld devrait se mettre à l’espéranto ?"
En tout cas, nul doute que la nomination de Wolfowitz "sera perçue comme un affront par Berlin et Paris, mais aussi par Londres", prévient le Los Angeles Times. "Il est difficile d’imaginer le numéro deux du Pentagone travaillant avec l’Europe pour mener la lutte mondiale contre la pauvreté et la faim", commente-t-il.
"Bush semble pourtant avoir tiré les leçons du passé", nuance la Süddeutsche Zeitung. Le quotidien munichois rapporte que le président américain, avant d’annoncer sa décision, avait pris la peine de discuter de son choix, au téléphone, avec ses homologues européens. Non que cela suffise à dissiper les doutes : "Les Européens se souviennent trop bien d’un autre Américain, passé du Pentagone à la Banque mondiale, et qui avait, dans la foulée, imposé sa vision du rôle des Etats-Unis dans le monde : Robert McNamara."
De fait, même si la désignation de Paul Wolfowitz "n’est pas une surprise", la nouvelle a été accueillie "avec stupeur et consternation", relève The Guardian. "D’habitude, on critiquait les Etats-Unis parce qu’ils nommaient des inconnus à la direction de la Banque mondiale. Cette fois-ci, le problème est différent", détaille le quotidien de Londres. Car Paul Wolfowitz est tout sauf un inconnu : "Sa réputation de parrain néoconservateur, fervent défenseur de la guerre d’Irak, constitue pour lui un grave handicap."
Le Temps de Genève ne dit pas autre chose, quoique sur un ton plus virulent : "Plus qu’une provocation, le choix de George W. Bush est une agression de plus contre la communauté internationale, la preuve que les ‘néocons’ qui mènent la danse à Washington sont en train de se réveiller." On les entendait peu ces derniers temps, "parce que les choses tournaient mal à Bagdad", poursuit le quotidien suisse : "Bush reconduit pour quatre ans, il ressort les faucons de sa poche et ouvre les grilles de la volière." Et de crier haut et fort son indignation : "Le numéro deux du Pentagone n’a presque aucune expérience pratique du développement."
"Pourquoi Paul Wolfowitz ?" s’interroge en écho le New York Times, qui, lui aussi, considère que sa désignation constitue "un affront à la communauté internationale." Le quotidien américain se veut pourtant optimiste : "Il fut un temps où l’actuel secrétaire adjoint à la Défense écrivait que sécurité et pauvreté étaient liées, que la solution aux conflits mondiaux ne résidait pas forcément dans le contrôle des armes, mais dans la réduction de la pauvreté et le développement économique. Nous espérons que ce nouveau poste sera pour M. Wolfowitz l’occasion de ne pas renier ses convictions."
Le Washington Post va plus loin encore : "Wolfowitz passe pour la personnification de ce néoconservatisme mal compris et pourtant si critiqué de par le monde." Pour le quotidien, cette réputation est "pour le moins injustifiée". Il énumère tous les atouts du numéro deux du Pentagone : "Il a une réelle expérience en matière de développement. Il a été ambassadeur en Indonésie à la fin des années 1980, quand ce pays était parmi les plus gros clients de la Banque mondiale et a réussi, avec succès, à réduire sa pauvreté. Il est aussi un communicant persuasif, qualité essentielle dans une institution fréquemment attaquée par les idéologues de droite comme de gauche. Ensuite, il a déjà dirigé des organismes publics." Certes, "il devra s’adapter", reconnaît le quotidien. Mais, dans la mesure où la lutte contre la pauvreté "favorise la démocratie", "il travaillera, en dernier recours, pour cette cause à laquelle on l’identifie le plus souvent" : la "démocratisation" du monde.
Sources Courrier International
Posté par Adriana Evangelizt