Russie-Otan : Anniversaire des espoirs déçus
Anniversaire des espoirs déçus
Par Viktor Safonov,
pour RIA Novosti.
Dix années se sont écoulées depuis l'adoption de l'Acte fondateur sur les relations, la coopération et la sécurité mutuelles entre la Fédération de Russie et l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord. Cinq années ont passé depuis la fondation du Conseil Russie-OTAN et de l'adoption de la Déclaration de Rome sur les rapports de partenariat entre Moscou et Bruxelles. Les deux dates sont l'occasion d'analyser le chemin parcouru par les parties pendant cette période et réfléchir aux perspectives de coopération. Existent-elles ou non? Les sceptiques affirment que la tentative de nouer des rapports de partenariat a échoué et qu'il est peu probable qu'une autre démarche soit fructueuse.
Il ne faut pas se hâter de tirer des conclusions, bien que les raisons d'être optimistes manquent réellement. Prenant la parole en hiver au sommet d'Oslo OTAN-Russie, Sergueï Ivanov, alors vice-premier ministre et ministre russe de la Défense, a carrément accusé Bruxelles d'imposture. "Au cours de la première vague d'élargissement de l'OTAN, on nous a juré qu'aucune infrastructure militaire de l'OTAN n'apparaîtrait sur le territoire des nouveaux membres. En fait, on nous a trompés", a-t-il dit. "Nous ne comprenons pas la raison pour laquelle les structures militaires de l'OTAN se rapprochent des frontières de la Russie. Est-ce que nous menaçons qui que soit?" a déclaré le chef du département de défense russe en exprimant son étonnement.
Le président russe Vladimir Poutine a également évoqué le problème en critiquant les actions des alliés de l'OTAN au cours de la conférence de presse tenue à l'issue des pourparlers avec le président grec. "Nos partenaires américains ont dénoncé le traité ABM, par conséquent, nous les avons prévenus tout de suite que nous prendrions des mesures de rétorsion en vue de maintenir l'équilibre stratégique dans le monde. Nous les avons prévenus que notre réponse serait asymétrique", a affirmé le chef de l'Etat, en expliquant la nécessité des récents tirs d'essai de missiles : le missile stratégique RS-24 à têtes multiples et à pointage individuel lancé à partir d'une plate-forme mobile du système Topol M et le missile de croisière R-500 lancé à partir d'une plate-forme mobile du système opérationnel tactique Iskander.
"L'initiative d'une nouvelle étape de la course aux armements ne nous appartient pas", a-t-il souligné en mentionnant le problème de l'application du Traité sur les forces conventionnelles en Europe par les pays de l'OTAN. "Une nouvelle base en Bulgarie, une autre en Roumanie, le site d'un nouveau missile en Pologne, un radar en République tchèque : que devons-nous faire? Nous ne pouvons pas l'observer et appliquer les ententes unilatéralement", a souligné Vladimir Poutine. "Nous avons dit : ou bien vous ratifiez le traité FCE et vous l'appliquez, ou bien nous le dénonçons. Cela ne plait probablement pas non plus à d'aucuns". Le président a assuré : "Il ne faut pas craindre ces actions de la Russie, elles ne revêtent pas un caractère agressif, elles ne constituent qu'une réponse aux actions unilatérales musclées et infondées de nos partenaires".
Il est vrai, l'OTAN a réagi immédiatement à ces propos en déclarant que les essais (de missiles) effectués en Russie n'ont pas suscité d'inquiétude et que l'OTAN considère la Russie comme un partenaire de l'Alliance. Il est vrai, elle a fait remarquer : "Ce qui nous préoccupe, c'est la rhétorique, selon laquelle les Etats- Unis sont mauvais, la Pologne est mauvaise et les alliés (l'OTAN) menacent la sécurité de la Russie. Nous ne pouvons pas partager cette appréciation qui n'a rien à voir avec la réalité" ...
Malheureusement, cette réalité est conforme au tableau brossé par les dirigeants russes en se fondant non pas sur des émotions, mais sur des faits. L'Acte fondateur stipule que l'Alliance de l'Atlantique Nord s'engage à ne pas déployer de contingents militaires importants aux frontières de la Russie et à ne pas créer d'infrastructures militaires, mais le Pentagone déploie ses nouvelles bases en Bulgarie, en Roumanie et s'apprête à envoyer cinq mille soldats dans chacun de ces pays. Lorsque Moscou signale à Bruxelles la violation des ententes formulées à Paris, on entend en réponse qu'il s'agit des affaires intérieures de deux membres souverains de l'OTAN - les Etats-Unis et la Roumanie, les Etats-Unis et la Bulgarie - et que l'Alliance n'a rien à voir avec cela. On est confronté à une position étrange : l'OTAN décline sa responsabilité pour la violation par ses membres des engagements de l'organisation.
Il en est de même de la non-adhésion de la Lituanie, de la Lettonie et de l'Estonie, membres de l'OTAN, au Traité FCE, et des tentatives des Etats-Unis de déployer des éléments de sa défense antimissile stratégique en Pologne et en République tchèque. Lorsque cela avantage l'OTAN, elle rappelle le principe "un pour tous, tous pour un" (cela concerne l'Estonie en faveur de laquelle s'est prononcé Bruxelles malgré la décision scandaleuse des dirigeants estoniens de transférer les tombes des soldats soviétiques qui ont lutté contre le fascisme). Mais ce principe est oublié, lorsque cela désavantage l'OTAN. On peut le constater sur l'exemple de la Bulgarie, de la Roumanie, de la Pologne et de la République tchèque. Bien plus, certains hauts fonctionnaires de l'OTAN, notamment son Secrétaire général Jap de Hoop Scheffer, affirment que les actions unilatérales de Washington renforcent la sécurité non seulement des Etats-Unis et de l'Europe, mais aussi de la Russie (?).
Il est évident que les rapports entre la Russie et l'OTAN, entre la Russie et les Etats-Unis, le plus grand Etat de l'Alliance de l'Atlantique Nord, traversent actuellement une crise grave, probablement, à l'instar de celle qui avait suivi les bombardements du territoire de la Serbie par l'aviation de l'Alliance en 1999. Moscou avait interrompu alors tous les rapports avec Bruxelles et expulsé en quarante-huit heures tous ses représentants de la capitale russe. Pour l'instant, les contradictions n'ont pas encore atteint un tel niveau d'exacerbation.
Une mission de liaison militaire de l'OTAN et le Bureau d'information de l'OTAN fonctionnent non loin du Kremlin. La Douma (chambre basse du parlement russe) a récemment ratifié un accord sur l'admission temporaire des troupes de l'Alliance de l'Atlantique Nord sur le territoire de la Russie pour les exercices communs. Les navires de la Marine de guerre russe participent au programme de l'OTAN Active Endeavour en Méditerranée. Des navires de la Flotte russe du Nord ont récemment quitté Severomorsk pour participer aux exercices de l'OTAN dans l'Atlantique. Des cours de recyclage pour les officiers de réserve financés par les membres de l'Alliance ont lieu à Moscou et dans d'autres grandes villes de Russie. Le ministère russe des Situations d'urgence coopère constamment avec les structures analogues de l'OTAN en vue de prévenir et de liquider les conséquences des catastrophes technologiques et naturelles ... La liste est longue.
Mais, en même temps, le ministère russe des Affaires étrangères a déjà exigé la convocation, du 12 au 15 juin, d'une conférence extraordinaire à Vienne sur le Traité sur les forces conventionnelles en Europe où elle a l'intention d'annoncer la suspension de la participation de Moscou au Traité FCE, son refus d'accepter les inspections militaires étrangères et d'informer les partenaires, signataires du Traité, des déplacements de ses unités et des formations militaires sur le territoire européen de la Russie, tant que les pays de l'OTAN ne ratifieront pas le FCE et ne se mettront pas à le respecter, comme l'a fait la Russie.
La question suivante se pose aujourd'hui à Moscou et à Bruxelles : les partenaires de l'Acte fondateur et de la Déclaration de Rome sur la fondation du Conseil Russie-OTAN sont-ils disposés à prêter l'oreille, comme cela est stipulé dans ces documents, aux préoccupations mutuelles, à les comprendre et à en tenir compte lorsqu'ils prennent leurs décisions?
Si ce n'est pas ainsi, le dixième anniversaire des ententes de Paris et de Rome peut s'avérer le dernier, celui des espoirs déçus.
Certes, cela ne répond aux intérêts d'aucune des parties.
Sources Ria Novosti
Posté par Adriana Evangelizt