Après l'Allemagne, les cybermilitaires chinois attaquent le Pentagone

Publié le par Adriana Evangelizt

Après l'Allemagne,

les cybermilitaires chinois attaquent le Pentagone

 

par Frédéric Koller

GUERRE INFORMATIQUE. L'armée chinoise aurait infiltré le système informatique de Robert Gates. Pékin dément.

Cela peut faire penser à un roman d'espionnage futuriste. Mais ce n'est que le dernier épisode spectaculaire d'une guerre mondiale d'espionnage qui s'intensifie. Au mois de juin dernier, l'armée chinoise est parvenue à pénétrer le système informatique du Pentagone et à perturber durant plus d'une semaine le cabinet du secrétaire américain à la Défense, Robert Gates.

Selon des responsables américains cités de manière anonyme par le Financial Times qui révélait dans son édition de mardi cette attaque informatique, «l'infiltration de juin a soulevé de nouvelles inquiétudes car la Chine a montré qu'elle pouvait perturber les systèmes à des moments critiques». Le Pentagone a toutefois refusé de confirmer l'information. Pékin a sèchement réagi en dénonçant une accusation «sans fondement» qui serait la démonstration d'une «mentalité de guerre froide».

La semaine dernière, ce sont les Allemands qui découvraient que des espions chinois avaient infiltré l'ordinateur d'Angela Merkel - ainsi que les Ministères stratégiques de la recherche, de l'économie et des affaires étrangères - à la veille du déplacement de la chancelière à Pékin. Ces deux affaires de piratage risquent d'accentuer, au sein de l'opinion européenne et américaine, l'image d'une Chine prédatrice et prête à tout pour rattraper son retard économique et militaire.

La réalité est pourtant bien plus complexe. «L'espionnage est un sport généralisé, tout le monde le fait», explique Martin Vuagnoux, chercheur au laboratoire de sécurité et de cryptographie à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Pour mémoire, les Etats-Unis avaient livré il y a quelques années un Boeing 747 au président chinois Jiang Zemin truffé de micros détectés à sa livraison.

Les Etats-Unis sont les principaux espions à l'échelle internationale avec le système d'écoute de conversations téléphoniques «Echelon» qui a des relais jusqu'en Suisse. La France a son propre système, Israël est également très actif et «il n'y a pas de raison que la Suisse ne le fasse pas», ajoute Martin Vuagnoux. Il n'en reste pas moins, selon un récent rapport de l'armée américaine, que la Chine serait la source de la majorité des attaques contre des sites internet. Il est toutefois impossible d'affirmer qu'elle ne sert pas de simple relais à des opérations dont l'origine se trouve dans d'autres pays.

Sur le plan technique, l'attaque du Pentagone a apparemment fonctionné de deux manières: d'une part une attaque par «cheval de Troie», qui permet de récolter des informations à l'insu de l'utilisateur, puis une paralysie du système appelée «déni de service», comme en a récemment connu l'Estonie sous le coup de «hackers» basés en Russie.

Martin Vuagnoux rappelle que la plupart des systèmes informatiques sont vulnérables. «Techniquement, ce n'est pas compliqué. Des outils pour le type d'attaque contre le Pentagone sont librement disponibles sur Internet.» Le piratage ou l'espionnage entre les grandes puissances relevant de la routine, reste à savoir pourquoi elles ont été dans ce cas rendues publiques. Y a-t-il un message politique particulier ou les Chinois se sont-ils montrés trop naïfs dans leurs manières d'agir?

Valérie Niquet, directrice du Centre Asie à l'IFRI, rappelle que la guerre informatique est théorisée par les militaires chinois depuis 1985. La Chine, qui ambitionne d'être le pôle dominant de l'Asie de l'Est, est très loin de pouvoir rivaliser avec la puissance de feu des Etats-Unis. D'où l'idée de guerre asymétrique chère au philosophe de l'Antiquité, Sun Zi. En s'attaquant au nœud informatique, Pékin espère pouvoir paralyser sans combattre l'hyperpuissance technologique américaine qui se transformerait du coup en une faiblesse.

«Les cibles sont choisies en fonction des tensions en cours», précise la chercheuse. Ces dernières années, la Chine a procédé a des attaques informatiques contre le Japon et Taïwan. L'attaque contre l'Allemagne était le signe d'un mécontentement à l'égard d'Angela Merckel qui durcit le ton face à Pékin. «Face aux Etats-Unis, l'adversaire principal, on est dans une continuité. Peut-être s'agit-il d'une réponse à la campagne en cours aux Etats-Unis de China bashing (frapper sur la Chine).»

Sources
Le Temps

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans CIA

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