Ahmadinejad, président et personnage

Publié le par Adriana Evangelizt

Ahmadinejad, président et personnage


par Marie-Christine Poncet


Jusqu'à la trentaine


1956, un père forgeron, une mère très religieuse, une petite maison en torchis à Aradan, bourgade de 10 000 habitants, au seuil du désert, à une centaine de kilomètres de Téhéran.

Un an plus tard sa famille, qui comptera sept enfants, rejoint les déshérités de la capitale, en marge du luxe des classes aisées, favorisées par la politique du Chah.

Enfant, il passe son temps entre mémorisation du Coran et football.

19 ans : à l’Université iranienne des sciences et de la technologie, où il commence des études d’ingénieur, la révolution islamique de Khomeiny bat son plein. Il devient leader des mouvements intégristes islamiques.

25 ans : il est membre du groupe « Sécurité interne » des Gardiens de la révolution. Des partisans de Khatami ont écrit sur le site Internet Baztab qu’Ahmadinejad avait été bourreau à la prison d’Evine.

30 ans : officier supérieur de la Brigade spéciale des Gardiens de la révolution, il est affecté à la garnison Ramazan, un QG des organisateurs d’attentats.

Clairement établie pour les uns, la participation d’Ahmadinejad à des tueries et à des attentats reste à prouver solidement pour les autres.

37 à 47 ans

Il occupe quelques fonctions représentatives (gouverneur des villes de Makou, de Khoy, et à 37 ans il est gouverneur de la province d’Arbabil, par exemple) avant d’être candidat, à 47 ans, à la mairie de Téhéran.

Avec dans son programme des formules comme « Apporter l’argent du pétrole sur la table des Iraniens », il passe pour le candidat du peuple, celui des miséreux, et en même temps celui qui convient le mieux aux religieux. Il est élu, en avril 2003. Les modérés ont déçu, la participation est très faible.

A titre anecdotique : il a choqué les dignitaires religieux au cours de cette campagne municipale : « Les meilleures places devraient être réservées aux femmes et aux familles dans les stades dans lesquels d’importants matchs nationaux ont lieu. »

Véto de l’ayatollah Ali Khameini.

Anecdote, quand chacun sait en Iran que celui qui demande l’ouverture des stades aux femmes appartient à la milice fondamentaliste des Bassidji.

Président, en juin 2005

Avec 63 % des suffrages exprimés, il est élu président de la République. Il a mis la notion de service au centre de sa campagne (soit Khedmat, nom du site Internet de campagne), et a fixé deux objectifs : justice sociale et « société islamique exemplaire ». Quand il se déplace dans les provinces iraniennes, il laisse une trace encourageante de son passage (réfection d’une route, aménagement d’une école…).

Il conserve, avec sa femme et ses trois enfants, un train de vie modeste.

Les pasdarans (Gardiens de la révolution) et les anciens membres des services de renseignement ont été nommés ministres, gouverneurs, responsables universitaires. Beaucoup de responsables, jugés trop libéraux, ont été écartés.

Octobre 2005, l'étendard de Satan

A propos d’Israël : « Ce régime est l’étendard de Satan. »

Il provoque à l’automne 2005 une profonde émotion dans le monde en reprenant à son compte l’affirmation de l’ayatollah Khomeini : Israël a vocation à être rayé de la carte. Le débat sur la précision des traductions n’adoucit en rien le propos.

En décembre il précise :
« Ils [les Occidentaux] ont inventé le mythe du massacre des Juifs et le placent au-dessus de Dieu, des religions et des prophètes. Si quelqu’un dans leurs pays met en cause Dieu, on ne lui dit rien, mais si quelqu’un nie le mythe du massacre des juifs, les haut-parleurs sionistes et les gouvernements à la solde du sionisme commencent à vociférer. »

Et sur les ondes de la télévision iranienne arabophone Al-Alam, en conférence de presse :
« Où que se trouvent les sionistes, il y a la guerre, et où qu’il y ait une guerre ils sont là. »

« Les sionistes sont des gens sans religion. »

En Allemagne, Ahmadinejad fait l’objet d’une plainte pénale pour avoir contesté le génocide des Juifs d’Europe, délit passible, dans ce pays, de cinq ans de prison.

2007, exaltation de la nation iranienne

Au fil des discours, la nation iranienne est célébrée pour le prestige de son passé, son courage exceptionnel, sa spiritualité profonde. L’Empire perse inspire encore les idées de grandeur.

Le vocabulaire employé à plusieurs reprises dans le discours du 19 septembre 2006 devant la 61e Assemblée générale de l’Onu est éclairant :

En Iran : tout est recherche de vérité, paix, dévotion, compassion, amour, dignité, progrès, vertu, beauté, à l’image de la « nature divine des peuples ».

Dans les pays souvent caractérisés comme « sataniques » : insécurité, domination, agression, injustice, décadence, matérialisme dans tous les sens du mot. Satan.

En 2007, la rhétorique se raidit : le discours prend de la hauteur à coup de mépris (« Nicolas Sarkozy manque encore d’expérience, ce qui veut dire que peut-être il ne comprend pas vraiment le sens de ce qu’il dit »), de condescendance (à propos des mots de Bernard Kouchner sur l’éventualité d’une guerre : « Nous ne prenons pas au sérieux ces déclarations. »), d’autorité cassante (« Avec l’aide de Dieu, vous n’avez rien pu faire à la nation iranienne, et maintenant c’est terminé. Vous ne pourrez rien faire à l’avenir », dit-il aux Américains et aux Européens).

Les difficultés intérieures aujourd'hui

Des prix à la consommation en forte hausse (triplement du prix des légumes, doublement de celui des logements depuis l’été), un projet de loi de finance jugé trop adossé aux revenus pétroliers, une inflation au chiffre officiel de 11%, un taux de chômage à 10% (certains économistes disent 30%) : la contestation, déjà active chez les libéraux, s’étend au Parlement et aux conservateurs.

On reproche souvent au Président de s’occuper plus de la scène internationale que des terres intérieures et des besoins de la population.

A-t-il vraiment le choix de sa politique ? Le pouvoir suprême, c’est Khamenei, qui contrôle la police, l’armée, la justice… et peut destituer le président.

« Même si le guide n’est pas pleinement d’accord avec Ahmadinejad, il sait l’utiliser pour effrayer les autres », dit l’écrivain Emadeddin Baghi.

Expérience mystique aux Nations unies

Mahdi, le douzième imam chiite, doit réapparaître, Ahmadinejad en semble convaincu.

En septembre 2006, devant l’Assemblée générale des Nations unies, il a surpris en incluant à son discours cette prière : « Ô Seigneur tout-puissant, je te prie de hâter la venue du dernier dépositaire de tes secrets, le Promis, cet être humain parfait et pur qui remplira ce monde de justice et de paix. »

Il a encore plus surpris quand, de retour en Iran, il a comparé la réunion de l’assemblée onusienne à une expérience mystique :

« Un membre de notre groupe me dit que lorsque je commençai à dire Au nom de Dieu, le tout-puissant, le miséricordieux, il distingua une lueur autour de moi, j’étais placé à l’intérieur de cette aura. Je l’ai sentie moi aussi.

J’ai senti l’atmosphère changer tout à coup et, durant ces 27 à 28 minutes, les leaders mondiaux ne clignèrent plus des yeux. (…)

 Et ils étaient captivés. C’était comme si une main s’était emparée d’eux et maintenait leurs yeux ouverts pour recevoir le message de la République islamique. »

Le réalisateur de JFK, Nixon, de deux documentaires sur Castro, connu pour ses fermes dénonciations de la politique américaine au Proche-Orient, a exprimé son intention de produire un film sur le président iranien.

« Je n’ai aucune objection de principe mais il faudrait qu’on me soumette les grandes lignes (du projet). Qu’il prenne contact avec mes subordonnés », a répondu ledit président en conférence de presse.

Sources Le Point

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans IRAN

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