LES ENFANTS DANS LE KU KLUX KLAN

Publié le par Adriana Evangelizt

Au klan, la survie passe par les enfants

par Maria Pia Mascaro

Après avoir bouté le feu à la croix, les enfants répètent après le maître: "Pour mon Dieu, pour mon pays, pour mes enfants, pour le Klan." A droite Andrew, 11 ans, et Lula, 8 ans, fiers dans leur robe du Klan.

 

Ku Klux Klan · L'organisation d'extrême droite américaine, qui prône la suprématie de la race blanche, n'hésite pas à endoctriner ses membres dès l'enfance, dans les familles. Reportage dans le Mississippi.

«On allume la croix, on se met autour en écartant les bras, c'est vraiment cool.» Andrew, 11 ans, a encore les yeux qui brillent lorsqu'il raconte la première mise à feu d'une croix à laquelle il a participé. C'était dans son jardin, dans la petite localité de Lucedale, Mississippi. Son père, Rick Madia était encore Grand Dragon, responsable du Ku Klux Klan de l'Etat, et tenait régulièrement meeting chez lui. La croix en fer est toujours couchée dans l'herbe.

Andrew a fait son entrée dans le klan à huit ans. Son père assure qu'il ne l'y a pas forcé, même s'il ne cache guère que les meilleures recrues sont les enfants. «A l'adolescence, ils ont déjà des idées toutes faites et c'est plus difficile de les convaincre.» Tous les soirs, le jeune Andrew passe un quart d'heure, après les devoirs scolaires, à réviser ceux du klan, préparés par son père.


Croix pour les enfants

Une liasse de feuilles à la main, tirées de divers sites internet de suprémacistes blancs, Andrew est assis sur le porche de la maison. Vêtu d'un t-shirt frappé du drapeau confédéré des sudistes, il lit à haute voix sous le regard approbateur de son père: «Les gens qui possèdent les journaux, les chaînes de télévision et Hollywood n'aiment pas les chrétiens et ils sont tellement riches qu'ils peuvent obtenir ce qu'ils veulent des politiciens.» L'enfant est excité car le lendemain il participe à un meeting du klan et assistera à la première mise à feu d'une croix spécialement prévue pour les enfants.

Le meeting, public pendant la journée, tiendra toutes ses promesses pour Andrew, même si son père s'avoue déçu par la participation peu nombreuse. «Depuis que le FBI nous a placés sur la liste des groupes terroristes intérieurs, après le 11 septembre 2001, nos sympathisants ont peur de s'afficher avec nous», explique-t-il. L'après-midi se déroule dans une atmosphère de guinguette entre grillades et jeux de société. Il y a là quelques vendeurs ambulants à la quincaillerie douteuse : croix gammées, têtes de mort surmontées du drapeau israélien, des insignes du klan, des biographies d'Hitler. Rick Madia hausse les épaules. «Nous ne partageons pas forcément ces idéologies plus radicales», affirme-t-il. «Mais nous croyons à la liberté d'expression et dans les grandes lignes nous sommes d'accord.»


Leitmotiv «séparatiste»

Les grandes lignes pour Rick : le klan n'est pas raciste mais séparatiste. C'est le nouvel adage du klan, ou de son aile la plus modérée. Une modération qui vaudra à Rick son exclusion quelques mois plus tard. Mais ce jour, il ne le sait pas encore. Andrew, lui, répète à l'envi les leçons de son père sans vraiment les comprendre. «Je n'aime pas trop les Noirs et je suis contre les mariages mixtes», dit-il. Rick Madia est convaincu que c'est la nouvelle voie à suivre. Ne plus se battre contre les Noirs mais pour les droits des Blancs qu'il estime bafoués. Un combat politiquement plus correct à ses yeux.

«Le gouvernement multiplie les programmes en faveur des immigrants, des femmes et des Noirs. La nouvelle minorité menacée, c'est l'homme blanc», poursuit Rick Madia. «Mon expérience personnelle le prouve.» L'Etat du Mississippi lui a refusé un prêt à intérêt préférentiel pour le lancement d'une petite affaire. «Ils m'ont dit que j'avais un bon projet, mais que je n'étais pas de la bonne couleur ni du bon sexe.»

En fin de journée, les rares invités non membres du klan sont priés de partir. La cérémonie du soir est réservée aux initiés. Commence alors l'étrange mise en scène. On sort les robes et les cagoules. Celle d'Andrew est blanche, comme celle de la petite Lula, 8 ans, qui sera intronisée le soir même. Celle de Rick Madia est verte à bandes blanches. Celle des faucons de la nuit, chargés d'assurer la sécurité, est noir et rouge. Andrew explique ces détails non sans fierté au jeune Zack, 12 ans, qui n'est pas membre, mais qui aura le droit d'observer la cérémonie car son père est un faucon de la nuit.


Des «survivants»

Avant la mise à feu, quelques orateurs rappellent les fondements de la doctrine: «Autrefois, le klan était une organisation fraternelle, aujourd'hui nous sommes des survivants. Je ne peux pas soutenir notre gouvernement qui fait mourir nos enfants au Moyen-Orient pour défendre les juifs», lance John Foley de l'association White Power (pouvoir blanc). Les gens dans l'assemblée opinent du chef, Andrew parmi eux.

«Pour dieu, pour le klan»

Les discours terminés, on se déplace dans le pré voisin où deux croix ont été plantées dans l'après-midi, une petite pour les enfants, une immense pour les adultes. Andrew est fébrile, comme la petite Lula. Le maître de cérémonie s'avance et distribue une torche à chaque enfant. Ensemble, ils avancent vers la croix et lui boutent le feu. Ils se retirent alors tous à quelques mètres et les enfants répètent après le maître: «Pour mon dieu, pour mon pays, pour mes parents, pour le klan», avant d'entonner des hymnes jusqu'à ce que la croix s'arrête de brûler.

En retrait, Rick observe son fils. «Je suis fier de lui, ces enfants sont notre futur.»
 


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LE VRAI "MISSISSIPI BURNING"

Né à la suite de la défaite des troupes sudistes lors de la Guerre de sécession, le Ku Klux Klan était au départ une amicale d'anciens soldats avant de devenir une «institution patriotique», visant «le maintien de la suprématie de la race blanche» aux Etats-Unis. Ses crimes racistes ont fait plus de 4750 morts entre 1881 et 1964. En juin dernier, le Sénat américain s'est officiellement excusé pour le laxisme des autorités de l'époque. L'une des affaires les plus médiatisées fut l'assassinat de trois militants pour le droit de vote des Noirs, en 1964, dont le cinéaste Alan Parker a tiré «Mississippi Burning». Impliqué dans ce meurtre, l'ex-responsable du KKK Edgar Ray Killen n'a été condamné que le 22 juin dernier, 40 ans plus tard ! C'est cette affaire que relate le documentaire de David Ridgen, programmé les 2 et 6 octobre sur TSR 2. Confrontant passé et présent, il met en lumière une Amérique où survit toujours la discrimination raciale.
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Les Noirs ne sont pas à l'abri du racisme en Suisse


par Pascal Fleury

L'image est restée gravée dans les esprits: une croix en flamme digne du Ku Klux Klan, qui brûle au coeur du village vaudois de Vugelles-La Mothe. C'était en février 2003. Le symbole en feu stigmatisait le refus d'un village d'héberger des requérants d'asile. «Vugelles la honte!», s'étaient indignés les fervents défenseurs des étrangers. Mais Vugelles a gagné, le canton s'est résigné. La «croix du KKK» a même échappé à l'instruction pénale.

La réputation d'hospitalité de notre pays a ses limites. Il suffit de lire l'étude de janvier 2005 sur «Les Noirs en Suisse», mandatée par la Commission fédérale contre le racisme, pour s'en convaincre. Les personnes de couleur, même avec passeport helvétique et bon accent «de chez nous», sont nombreuses à souffrir de clichés, préjugés, injustices ou insultes au quotidien. Que ce soit dans la rue, dans les lieux publics, au travail ou à travers des publications et de la propagande, les discriminations sont courantes. L'étude révèle que les problèmes vécus par les Noirs sont indépendants de leur statut social et de leur durée de séjour en Suisse, certains étant établis depuis des générations.

Les cas de violence physique contre des Noirs restent toutefois rares. On se souvient de cette grosse bagarre entre skinheads et gens de couleur à Saint-Gall en août 2000, qui déboucha sur plusieurs condamnations, et de diverses attaques contre des centres pour requérants d'asile. Dans son rapport «Skinheads en Suisse», publié en 2000, la Police fédérale rappelle que le mouvement, né en Grande-Bretagne, a tissé des liens à travers la musique avec des organisations néofascistes et xénophobes américaines comme le Ku Klux Klan.

En mai dernier, à Bex, c'est la police qui a dû en venir aux mains avec des requérants d'asile africains. Ces derniers voulaient mener une expédition punitive contre un habitant de la localité qui avait sprayé des inscriptions racistes sur les murs de la ville. Trois mois auparavant, la fermeture du centre d'asile avait été réclamée par la municipalité in corpore.

Les actions policiaires sont parfois sujettes à caution. Le Carrefour de réflexion et d'action contre le racisme anti-Noir (CRAN) a ainsi dénoncé plusieurs «dérapages» l'été dernier. Selon Karl Grünberg, secrétaire général d'ACOR-SOS-Racisme, les cas de racisme de couleur se sont multipliés en Suisse romande depuis le lancement, par la police de Lausanne, en janvier 2002, de l'opération «Alpha» contre le trafic de drogue.

«La corrélation faite entre Noirs et trafiquants de drogue est dangereuse», affirme-t-il. A son avis, elle a renforcé les préjugés dans la population, conforté la police dans son choix de boucs émissaires et démoralisé les Noirs. «Pareille marginalisation pourrait pousser à la délinquance et aux règlements de compte», s'inquiète-t-il.

ACOR-SOS-Racisme note, dans son Rapport d'observatoire du racisme 2004, qui est basé sur l'ensemble des cas qui lui sont soumis, que les discriminations sont motivées principalement par la couleur et la race, avant la nationalité, le statut d'étranger ou encore la religion. Ce constat est aussi valable pour les actes de violence commis par abus de fonction.

Depuis son entrée en vigueur en 1995, l'article 261bis du Code pénal sur la discrimination raciale a débouché annuellement sur quelque 25 jugements inscrits au casier judiciaire (211 jugements à fin 2003), sans compter les amendes. Faute de plainte, la grande majorité des cas de «racisme ordinaire» restent impunis. I
Sources : LA LIBERTE CH
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Publié dans KU KLUX KLAN

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