Les ports américains et Dubaï
Bush prêt à se saborder pour une compagnie arabe
par Philippe Randrianarimanana
Dubai Ports World, une société émiratie, voudrait prendre le contrôle de plusieurs grands ports américains. Favorable à ce projet, la Maison-Blanche se heurte à un Congrès majoritairement hostile. Le président Bush menace d'user de son droit de veto face à des parlementaires qui brandissent le "risque terroriste" pour justifier leur refus.
"Si le président George W. Bush met sa menace à exécution, il fera un étrange choix en usant de son droit de veto pour la première fois en plus de cinq ans au pouvoir", note le New York Times dans son éditorial. A l'instar de l'ensemble de la grande presse américaine, le New York Times commente la controverse opposant le président au Congrès américain concernant la prise de contrôle de six ports américains – New York, Baltimore, Philadelphie, Miami, La Nouvelle-Orléans et New Jersey – par la Dubai Ports World. Pour un montant de 6,8 milliards de dollars, cette compagnie des Emirats arabes unis reprendrait une affaire gérée depuis 1999 par P&O Ports, une compagnie britannique. En réaction, démocrates et républicains, unis pour l'occasion, montent au créneau.
"Le consensus politique général est souvent un signe troublant, particulièrement quand il s'agit d'une question que peu de monde connaît", note le Los Angeles Times. "Pendant cinq ans, les républicains ont clamé leur 'foi en le président' concernant la sécurité nationale. Ils ont même remporté les élections sur ce thème. Pendant cinq ans, les démocrates ont dit que le président Bush devrait jouer plus de la carotte que du bâton dans sa diplomatie à l'égard du monde musulman. Ils affirmaient qu'il était nécessaire de récompenser nos alliés par le commerce ou la confiance. Les libéraux estimaient que faire l'amalgame entre musulman ou arabe et terroriste était non seulement sectaire mais aussi contreproductif, dans la mesure où cela alimente les 'causes premières' du terrorisme", remarque le Los Angeles Times.
Pour le grand journal californien, le consensus autour de l'affaire des ports est injustifié au regard de certains faits que peu d'hommes politiques ou de commentateurs ont relevés. "La compagnie de Dubaï ne gérera pas la sécurité. Ce sont les gardes-côtes américains qui continueront à le faire et les dockers syndiqués américains s'occuperont toujours du chargement et du déchargement; les ports en question étaient déjà la propriété d'étrangers, à l'instar d'innombrables ports des Etats-Unis. Et, si les Etats-unis refusent l'offre de Dubaï, une compagnie de Singapour remportera problablement le contrat."
Ancien responsable au sein du ministère de la Sécurité interieure de 2003 à 2004, Clark Kent Ervin réfute les accusations de discrimination à l'encontre des Arabes formulées par les défenseurs de Dubai Ports World. Dans les pages du New York Times, Ervin explique : "Si les Emirats arabes unis sont considérés par l'administration Bush comme un allié dans la guerre contre le terrrorisme, nous devrions tous être attentifs à leurs liens avec les terroristes. Deux des pirates de l'air du 11 septembre étaient citoyens des Emirats, et une partie du financement des attentats vient de ce pays. Les EAU faisaient partie des trois pays à avoir reconnu le régime des talibans. Et Dubaï était un port de transit important dans le réseau de trafic illégal d'Abdul Qadeer Khan, le scientifique pakistanais qui fournissait la Libye, l'Iran et la Corée du Nord en matériel nécessaire pour fabriquer des armes nucléaires." Par ailleurs, l'auteur souligne que les ports offrent le meilleur point d'entrée pour une bombe et que seulement 6 % des conteneurs entrant par cargos aux Etats-Unis sont inspectés pour raisons de sécurité.
"Vous voulez acheter un port ?", titre un chroniqueur du Washington Post. Sur un ton virulent, il dénonce la primauté des intérêts financiers sur l'intérêt national et la sécurité. "Nous vendons nos côtes à un gouvernement arabe. Nos plus grandes compagnies Internet sont complices de la censure de l'information et de l'élimination de dissidents par le gouvernement chinois. Bienvenue dans le capitalisme américain à l'ère de la mondialisation." De ce point de vue, les Etats-Unis se distinguent : "D'autres nations considèrent certaines industries comme trop stratégiques pour être délocalisées à l'étranger ou vendues à des intérêts étrangers. Il n'y a qu'aux Etats-Unis que l'entreprise n'est responsable que devant ses actionnaires – mais ni devant ses employés, ni devant la nation.
Dans la presse des Emirats, le Gulf News constate amèrement que les Américains qui agitent la menace terroriste, qu'ils soient républicains ou démocrates, "n'ont encore rien compris". "Que de telles craintes soient infondées semble avoir échappé aux opposants à la vente. DP World se comporte de la même façon que n'importe quelle compagnie internationale en matière de contrôle de gestion : nul doute que la société cherchera à faire fructifier son investissement autant que possible. Mais DP World ne sera pas responsable de la sécurité des ports." Or, "si ce n'est la sécurité, qu'est-ce qui est en jeu ?" s'interroge le quotidien émirati anglophone. Parmi les facteurs qui expliquent cette situation, le journal souligne l'effet de la période préélectorale, durant laquelle "démocrates et républicains se tirent la bourre sur la question de la sécurité intérieure, thème qui a coûté cher aux démocrates lors des dernières élections". Et le journal de conclure : "Un mélange stupide de sentiments antiarabes, de xénophobie, de panique terroriste et de calendrier électoral est à l'origine de remarques malavisées."
"Si le président George W. Bush met sa menace à exécution, il fera un étrange choix en usant de son droit de veto pour la première fois en plus de cinq ans au pouvoir", note le New York Times dans son éditorial. A l'instar de l'ensemble de la grande presse américaine, le New York Times commente la controverse opposant le président au Congrès américain concernant la prise de contrôle de six ports américains – New York, Baltimore, Philadelphie, Miami, La Nouvelle-Orléans et New Jersey – par la Dubai Ports World. Pour un montant de 6,8 milliards de dollars, cette compagnie des Emirats arabes unis reprendrait une affaire gérée depuis 1999 par P&O Ports, une compagnie britannique. En réaction, démocrates et républicains, unis pour l'occasion, montent au créneau.
"Le consensus politique général est souvent un signe troublant, particulièrement quand il s'agit d'une question que peu de monde connaît", note le Los Angeles Times. "Pendant cinq ans, les républicains ont clamé leur 'foi en le président' concernant la sécurité nationale. Ils ont même remporté les élections sur ce thème. Pendant cinq ans, les démocrates ont dit que le président Bush devrait jouer plus de la carotte que du bâton dans sa diplomatie à l'égard du monde musulman. Ils affirmaient qu'il était nécessaire de récompenser nos alliés par le commerce ou la confiance. Les libéraux estimaient que faire l'amalgame entre musulman ou arabe et terroriste était non seulement sectaire mais aussi contreproductif, dans la mesure où cela alimente les 'causes premières' du terrorisme", remarque le Los Angeles Times.
Pour le grand journal californien, le consensus autour de l'affaire des ports est injustifié au regard de certains faits que peu d'hommes politiques ou de commentateurs ont relevés. "La compagnie de Dubaï ne gérera pas la sécurité. Ce sont les gardes-côtes américains qui continueront à le faire et les dockers syndiqués américains s'occuperont toujours du chargement et du déchargement; les ports en question étaient déjà la propriété d'étrangers, à l'instar d'innombrables ports des Etats-Unis. Et, si les Etats-unis refusent l'offre de Dubaï, une compagnie de Singapour remportera problablement le contrat."
Ancien responsable au sein du ministère de la Sécurité interieure de 2003 à 2004, Clark Kent Ervin réfute les accusations de discrimination à l'encontre des Arabes formulées par les défenseurs de Dubai Ports World. Dans les pages du New York Times, Ervin explique : "Si les Emirats arabes unis sont considérés par l'administration Bush comme un allié dans la guerre contre le terrrorisme, nous devrions tous être attentifs à leurs liens avec les terroristes. Deux des pirates de l'air du 11 septembre étaient citoyens des Emirats, et une partie du financement des attentats vient de ce pays. Les EAU faisaient partie des trois pays à avoir reconnu le régime des talibans. Et Dubaï était un port de transit important dans le réseau de trafic illégal d'Abdul Qadeer Khan, le scientifique pakistanais qui fournissait la Libye, l'Iran et la Corée du Nord en matériel nécessaire pour fabriquer des armes nucléaires." Par ailleurs, l'auteur souligne que les ports offrent le meilleur point d'entrée pour une bombe et que seulement 6 % des conteneurs entrant par cargos aux Etats-Unis sont inspectés pour raisons de sécurité.
"Vous voulez acheter un port ?", titre un chroniqueur du Washington Post. Sur un ton virulent, il dénonce la primauté des intérêts financiers sur l'intérêt national et la sécurité. "Nous vendons nos côtes à un gouvernement arabe. Nos plus grandes compagnies Internet sont complices de la censure de l'information et de l'élimination de dissidents par le gouvernement chinois. Bienvenue dans le capitalisme américain à l'ère de la mondialisation." De ce point de vue, les Etats-Unis se distinguent : "D'autres nations considèrent certaines industries comme trop stratégiques pour être délocalisées à l'étranger ou vendues à des intérêts étrangers. Il n'y a qu'aux Etats-Unis que l'entreprise n'est responsable que devant ses actionnaires – mais ni devant ses employés, ni devant la nation.
Dans la presse des Emirats, le Gulf News constate amèrement que les Américains qui agitent la menace terroriste, qu'ils soient républicains ou démocrates, "n'ont encore rien compris". "Que de telles craintes soient infondées semble avoir échappé aux opposants à la vente. DP World se comporte de la même façon que n'importe quelle compagnie internationale en matière de contrôle de gestion : nul doute que la société cherchera à faire fructifier son investissement autant que possible. Mais DP World ne sera pas responsable de la sécurité des ports." Or, "si ce n'est la sécurité, qu'est-ce qui est en jeu ?" s'interroge le quotidien émirati anglophone. Parmi les facteurs qui expliquent cette situation, le journal souligne l'effet de la période préélectorale, durant laquelle "démocrates et républicains se tirent la bourre sur la question de la sécurité intérieure, thème qui a coûté cher aux démocrates lors des dernières élections". Et le journal de conclure : "Un mélange stupide de sentiments antiarabes, de xénophobie, de panique terroriste et de calendrier électoral est à l'origine de remarques malavisées."
Sources : Vox Déi
L'affaire des ports, nouvelle divergence entre Bush et sa majorité
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