Lobbying américain en Roumanie
Une ONG américaine vient de publier un nouveau rapport accablant sur la situation des orphelinats roumains. Ce rapport, assez peu crédible, affaiblit la position de la Roumanie face à l’Union européenne, et semble participer d’une stratégie de lobbying pour relancer les adoptions internationales d’enfants, suspendues sur demande de l’Europe.
La presse américaine est revenue sur le problème des enfants placés en institution en Roumanie, après la parution du rapport de l’ONG américaine Mental Disability Rights International. Le but pourrait être de favoriser la reprise des adoptions internationales. La reprise des adoptions internationaux par Roumanie semble être le motif de la campagne médiatique déclenchée par la parution du rapport de l’ONG américaine Mental Disability Rights International (MDRI) sur les enfants placés en institution. « La situation des orphelins de Roumanie reste inquiétante. La nouvelle loi interdit les adoptions d’environ 40 000 enfants sans famille dans ce pays » a déclaré le parlementaire français Jean-Marie Cavada, réagissant au rapport de MDRI. L’ONG a fait appel à la Commission européenne afin de « valider » et d’agir sur « la violation des droits de l’homme en Roumanie ».
Les déclarations des autorités roumaines qui ont confirmé la réalité de l’affaire de Braila n’ont fait qu’empirer la situation. Le Washington Post a publié un article intitulé « Rapport avec des preuves sur les abus en Roumanie », où les résultats du Rapport de l’ONG américain MDRI sont décrits au temps présent, la réaction des autorités étant présentée comme confuse. Cette campagne a repris à la veille de la présentation du rapport de la Commission Européenne du 15 mai, qui devait confirmer l’adhésion de la Roumanie dès 2007. Le New York Times revient aussi sur l’affaire avec un court article en une, repris de Associated Press, qui manque justement d’une description sur place, à Timisoara. La seule personne citée est Bogdan Panait qui déclare qu’il avait été choqué par ce qu’il avait vu en 2005.
Le député plus acharné à défendre la reprise des adoptions internationales est le républicain Jeb Bradley, qui est allé à Bruxelles et à Strasbourg pour faire pression sur la Commission Européenne et le Parlement Européen. Il avance un cas concret, la situation du couple Schaafer qui veut adopter un enfant de Roumanie, le second après celui qu’ils ont adopté en 2000. Suivant la loi décrétée en 2005 qui interdit les adoptions internationales en Roumanie, presque 200 dossiers d’adoption déposés par des Américains souhaitant adopter un enfant ont été rejetés par les autorités roumaines. La Chambre basse du Congrès Américain a voté le 6 Avril une résolution à caractère consultatif concernant la détente du régime drastique des adoptions internationales en Roumanie. L’initiateur de cette résolution est le républicain Charles Smith, co-président de la Commission Helsinki.
Les autorités roumaines locales accusées par l’ONG américaine d’appliquer des traitements inhumains aux enfants présentant des déficiences démentent les données présentées dans le rapport.
Les autorités ont déjà réfuté les informations publiées par les journaux américains dans le cas de quatre des six départements concernés par le Rapport MDRI : Braila, Dolj, Prahova, Timisoara, Suceava et Botosani. De plus, elles considèrent que le Rapport est partie intégrante du plan de lobbying des Américains pour le déblocage des adoptions internationales.
Le Préfet de Suceava, Orest Onofrei, a déclaré que les conclusions du Rapport visant les centres de Siret et de Sasca Mica représentent « un faux et un mensonge grossier ». Il a soutenu que les deux endroits de ces départements évoquées par le Rapport de MDRI ont été vérifiés par des inspecteurs de l’Union Européenne, qui ont constaté une amélioration visible des conditions de vie des enfants à déficience. « Je crois que cette tentative du Rapport sert un autre but : soit forcer le gouvernement à donner feu vert aux adoptions, soit enfiler des billes noires avant le Rapport de l’UE sur notre pays ».
Mihai Gafencu, vice-président de l’organisation « Sauvez les Enfants » de Roumanie et directeur général de l’hôpital Louis Turcanu de Timisoara a exprimé des doutes à l’égard des bonnes intentions du Rapport de MDRI. « Samedi 18 février, les représentants de MDRI sont arrivés à Timisoara et sont entrés dans cette section de l’hôpital. C’est une confusion, ils ont compris que c’était un centre destiné aux enfants à déficience mentale. Ce qu’on en a écrit ne peut être dû qu’à la confusion ou à la mauvaise volonté », affirme Mihai Gafencu. La section de récupération nutritionnelle de l’Hôpital Clinique d’Urgences pour Enfants Louis Turcanu accueille 59 enfants nés avec un faible poids, âgés d’un mois à un an, mais aucun d’entre eux n’est abandonné. « Les petits sont bien soignés et un personnel médical suffisant s’occupe d’eux », soutient Mihai Gafencu. « La présentation de la situation de notre pays et de la section de Timisoara dans une telle lumière défavorable ne fait que forcer la main des autorités dans la question des adoptions internationales et, en même temps, nuire à l’image de la Roumanie face à l’Union Européenne », considère-t-il.
Le sanatorium de Podriga, dans le département de Botosani, a été vérifié par une commission de spécialistes de l’UE, qui n’ont signalé aucun aspect grave. « Il n’y a qu’une mauvaise langue qui pourrait nier que Podriga a fait du progrès », affirme le docteur Nicolae Vlad, directeur de l’Hôpital de Psychiatrie, qui coordonne l’activité des sanatoriums du département en question. (Oana CRACIUN, Radu C. MUNTEANU, Sergiu Balascau)
En octobre 2001 un moratoire suspendant toute procédure relative aux adoptions internationales a été mis en oeuvre. Cette mesure a été prise suite aux sollicitations du Parlement Européen et parce qu’on a considéré que l’ancienne loi contenait de graves lacunes, favorisant l’apparition d’infractions et d’un système corrompu. Pour des situations exceptionnelles, le gouvernement roumain s’est pourtant réservé le droit de porter devant la juridiction roumaine certaines demandes d’adoptions internationales. C’est ainsi que sont apparus 1 115 cas, dont 1 003 ont été approuvés par les juges. Le 6 février 2004, le Gouvernement roumain a décidé de stopper toute adoption internationale, en tant que réponse aux constats et aux graves accusations de la baronne Emma Nicholson à l’adresse des adoptions en Roumanie.
Les réactions de la baronne Emma Nicholson, ancien rapporteur du Parlement Européen pour la Roumanie et critique sévère de la situation des enfants placés en institution pendant les années 2003-2004.
Cotidianul (C) : Que pensez-vous de la campagne des médias des États-Unis visant à débloquer les adoptions internationales en Roumanie ?
Emma Nicholson (EN) : Je ne peux pas faire de spéculations. Ce n’est pas moi qui ai écrit les articles. Je ne sais pas pourquoi ce Rapport parait si peu documenté. De plus, la recommandation du Rapport selon laquelle Roumanie ne doit plus créer de nouvelles institutions n’a pas de fondement. On attend donc l’évaluation des experts du ministère de la Santé. Ce qui compte, c’est l’état dans lequel se trouvent ces gens. S’il y a un lieu où les pratiques ne sont pas conformes, il faut qu’on les améliore. Ce qui est clair quant au Rapport américain, c’est qu’une grande partie de ce qui est écrit se réfère à des choses qui n’existent plus. C’est assez surprenant...
C : On ne peut pas ignorer la coïncidence de date, une semaine avant la décision de la Commission, concernant l’adhésion de Roumanie.
EN : La Roumanie est européenne et ses lois sont aussi européennes. On doit mentionner que l’Union Européenne et les États-Unis ont des désaccords profonds parce que nous n’avons pas en commun les mêmes lois, ni la même histoire. Nous avons le plus grand respect pour les États-Unis. Les démocraties doivent collaborer, mais cela ne signifie pas qu’il est toujours nécessaire qu’on soit d’accord. Et l’assistance pour les enfants est une de ces grandes différences, on résout les problèmes de manière différente. Les lois qui réglementent cet aspect sont complètement distinctes. Et les États-Unis désirent quelque chose que l’Europe ne peut pas leur offrir.
C : Pourquoi considère-t-on la Roumanie comme un pays où les enfants sont maltraités ?
EN : Malheureusement, la Roumanie occupe une place importante dans le classement des pays où le trafic des personnes s’est développé. Mais la Bulgarie doit faire exactement les mêmes efforts. Rien n’a commencé là-bas. Roumanie représente un modèle et elle doit consolider sa position. Et tous ces jolis couples du monde entier qui disent qu’ils désirent tant un enfant devraient considérer que leurs pays ont aussi des enfants placés en institution. Rien qu’aux Etats-Unis, il y a presque 250.000 enfants en institution. Pourquoi ces gens se rendent-ils en Roumanie. C’est une question qu’on doit se poser. On rencontre la même situation en France. Il y a presque 3 000 enfants institutionnalisés de moins de trois ans dans ce pays, et chacun d’entre eux passe environ 13 mois dans les institutions de protection de l’enfant. Chaque pays a un système institutionnalisé de protection de l’enfant. La priorité est de faire tout le possible pour qu’il soit contrôlé, qu’il soit favorable pour chaque enfant et qu’il soit de bonne qualité. Et cela passe en Roumanie. Félicitations à la Roumanie ! N’arrêtez pas !
Sources : Le Courrier des Balkans
Posté par Adriana Evangelizt