USA : La vérité ne paye pas toujours
Etats-Unis : La vérité ne paye pas toujours
En admettant pour la première fois, en réponse à une analyse de l’éditorialiste Thomas Friedman (qui est passé, en l’espace de trois ans, d’un soutien quasi aveugle à son président et sa politique étrangère, au camp de ceux qui attaquent sur tous les fronts l’administration), des comparaisons entre l’Irak et le Vietnam, George W. Bush a donné l’une de ses interviews les plus sincères en matière de politique étrangère depuis la campagne électorale 2000, à l’occasion de laquelle il confessait ne pas connaître grand chose à l’extérieur des Etats-Unis. Ses propos contrastent avec le cri de « victoire » en Irak le 1er mai 2003, les mensonges sur les armes de destruction massive en Irak, le silence embarrassant à la suite des raids militaires israéliens au Liban, ou les diverses déclarations sur la fin proche de la violence en Irak et la démocratisation en marche du « Grand » Moyen-Orient. Le président américain, qui ne brigue plus aucun mandat, a cette fois laissé de côté ses slogans percutants préparés à l’avance par son entourage, pour répondre avec spontanéité aux questions qui lui étaient posées. Le problème est que cette stratégie, si louable fut-elle, ne semble pas être payante, là où des mensonges grossiers assurèrent à Bush une popularité sans précédent.
Le président américain a certainement sous-estimé la portée de ses propos. En comparant l’aggravation de la situation en Irak avec l’offensive du Têt en 1968, il pensait simplement à la façon dont les adversaires de Washington cherchent à déstabiliser la coalition par un regain de violence, et on ne peut que lui donner raison et saluer sa lucidité retrouvée. Mais il n’avait certainement pas en tête le tournant dans la guerre du Vietnam que cette offensive provoqua. C’est en effet à partir de 1968 que l’opinion publique américaine se mobilisa massivement contre la présence américaine au Vietnam, avec pour effet la perte de crédit de la Maison-Blanche, et un enlisement inexorable qui conduisit, quelques années plus tard, aux accords de Paris et au retrait américain. Et c’est justement sur cet aspect que le public américain évalue les confessions de son président. S’agit-il d’une erreur de stratégie de communication ou d’un excès de sincérité auquel les observateurs et l’opinion publique ne sont pas habitués venant de Bush ? Sans doute les deux à la fois. Mais il faut reconnaître que, à trois semaines des élections mi-mandat, la Maison-Blanche a décidé de changer sa stratégie en Irak, à la fois sur le terrain (sous la houlette de l’ancien secrétaire d’Etat de Bush père, James Baker) et dans les propos, qui se veulent plus nuancés sur le succès d’une guerre qui a, au sein des forces de la coalition, déjà fait autant de victimes que les attentats du 11 septembre.
Le bourbier irakien et les volte-faces successives des membres de l’administration – aux propos de Bush vient ainsi notamment s’ajouter une interview de Dick Cheney pour Time dans laquelle le vice-président américain reconnaît avoir prédit de façon prématurée la fin de la violence en Irak – se traduisent par une chute de la popularité du chef de l’Exécutif, et de l’ensemble de son parti. Les intentions de vote en faveur des Démocrates dépassent désormais de très loin celles des Républicains, qui devraient logiquement perdre leur majorité dans les deux chambres du Congrès lors des élections dans trois semaines. Mais c’est toutefois oublier que de tels sondages perdent tout leur sens quand il s’agit d’élections locales, ce qui signifie que rien n’est joué, et que le résultat sera de toute façon serré. Dès lors, inutile d’augurer le succès de tel ou tel camp.
Une chose est certaine en tout cas, la stratégie du parti républicain, conseillé par un certain Karl Rove, ancien conseiller spécial de Bush, qui consistait à se démarquer de l’action présidentielle (notamment sur la stratégie suivie en Irak) pour assurer la victoire le 7 novembre, est un fiasco. La tempête électorale annoncée par les politologues américains aura bien lieu. Emportera-t-elle tout sur son passage ? Peut-être pas, mais il faudra, au sein du parti républicain, repenser la stratégie en vue de la prochaine échéance électorale, ô combien plus importante : l’élection présidentielle de 2008. Car dès le 8 novembre, on s’activera dans les deux camps pour préparer une campagne que d’aucuns annoncent déjà comme l’une des plus longues et des plus animées de l’histoire américaine.
Chercheur à l’IRIS, responsable du Bureau IRIS à Taiwan, co-auteur de L’Année stratégique 2007 (sous la direction de Pascal Boniface), aux éditions Dalloz.
Sources : IRIS
Posté par Adriana Evangelizt