L'empire du monde et les chaussettres trouées de Wolfowitz

Publié le par Adriana Evangelizt

C'est là fête à Wolfowicz aujourd'hui ! Il y a eu L'homme aux colts d'or avec Henry Fonda, aujourd'hui, il y a L'homme aux chaussettes trouées avec Wolfowicz, ainsi va le monde.

 A quand la destitution de Cheney parce aura sniffé de l'or ou du pétrole ? Wouarf !

 

 

L'empire du monde et les chaussettres trouées de Wolfowitz

 

 

L’affaire est horriblement, simplement, affreusement humaine. Un homme tout puissant à la tête d’une institution toute puissante, qui constitue un des deux bras musclés (avec l’International Monetary Fund) de l’entreprise d’américanisation du monde. (Ou encore : l’entreprise de libéralisation du monde, selon le FT.) La World Bank est l’une des organisations dont les US et leurs alliés anglo-saxons, libéraux, libre-échangistes, hérauts de la démocratie, ont le secret pour, depuis 1945, transformer les nations et les peuples à l’image du modèle originel. Wolfowitz, à sa tête, devait poursuivre au niveau de l’aide financière, ce qu’il avait commencé au niveau militaire avec l’Irak : déstructurer, briser, émietter les nations en difficulté (ou mises en difficulté par le même système : on est microbe et vaccin, à la fois), pour les recomposer à l’image du modèle.

Ce n’est pas un complot, contrairement à ce que nombre des adversaires de l’américanisation croient, mais une fatalité de la machine (nous disons aussi : le “système”), avec les êtres humains qui croient dominer cette folie qu’ils ont mise en route et qui s’avèrent en être les piteux complices et les pions inconsistants. Les êtres humains? Humain, trop humain, disait Nietzsche. (La remarque concerne autant Wolfowitz et l’entreprise d’américanisation que ceux qui font de cette entreprise un complot des humains, un complot américaniste et pervers. Une fois pour toutes : il n’y a pas de complot. Il y a une machine. Les êtres humains, tous les êtres humains se débattent dans ses rouages. Ils sont alors piteusement humains.)

En d’autres mots, ce qui arrive à Wolfowitz ne nous étonnera pas, et ce qu’on lui reproche pas moins. Pour clore ce débat-là, de la faute du directeur de la Banque mondiale et de la façon dont on la perçoit, une anecdote pour tenter de fixer l’esprit de la chose. Un ministre de la IIIème République convoquait respectueusement le sculpteur Maillol, artiste des formes sculpturales du corps de la femme, pour lui commander une sculpture qui représenterait allégoriquement “la République, ses vertus, ses bienfaits, ses beautés…”, — et ainsi de suite, discours sans fin comme vous imaginez. Agacé, le sculpteur l’interrompt et jette : “Un beau cul, quoi”. Ainsi se noient les vertus.

Ce qui est extraordinaire, par contre, c’est “la hargne, la fureur et l’acharnement du Financial Times”, — et des autres, dans les milieux de la Finance, dans les bureaucraties vertueuses, et ainsi de suite chez tous les lecteurs du “quotidien saumon”. Car le FT exprime quelque chose d’autre, de très puissant, en plus de cette terrible colère et de cette vertu exaltée et trompée. (Car il s’agit bien de vertu : nous ne permettons à quiconque de mettre en doute la sincérité de l’indignation du FT. Elle vaut la sincérité de Robespierre, celle des communistes, celle des supporteurs des grands clubs de football. Il s’agit bien de sincérité. Cela en dit long sur les vertus que nous nous réclamons à nous-mêmes, sincérité, liberté, etc., — sur leur nécessité, sur leur utilité, sur leur fonction thérapeutique pour nos psychologies fragiles, — bref : cela en dit long sur “la vertu de ces vertus”.)

A mesurer la force de ces sentiment de vindicte à l’encontre de Wolfowitz, nous en déduisons ceci. Le FT, comme les autres, l’establishment transatlantique et washingtonien, la City, les idéologues de l’“anglosphère”, ils y ont tous cru. L’entreprise américaniste d’après 9/11, les rêves de (re)conquête du monde (faire l’empire US, c'est-à-dire refaire l’empire “sur lequel le soleil ne se couche jamais”, selon les rêves de Niall Ferguson), l’inspiration radicaliste des néo-conservateurs avec Wolfowitz, cette espèce de “big bang” postmoderne, — ils y tous cru. Voilà ce que nous dit cette vindicte du FT contre Wolfowitz, qui est la vindicte terrible de la passion déçue et soudain glacée. Découvrir publiquement ce que l’on devine confusément depuis quelques années : que Wolfowitz, mis au pinacle jusqu’à la prise de Bagdad, n’est pas plus vertueux qu’un autre, que c’est un magouilleur, un maladroit, un baisouilleur qui peut être mené par le bout du nez par le premier minois qui passe par là et ainsi de suite, — et, en plus, trop radin pour se payer des chaussettes puisqu’il porte des chaussettes trouées comme on l’a vu au seuil d’une mosquée turque il y a deux mois, — tout cela pour un empire perdu !

Alors ressort la vieille vertu victorienne, extraordinairement hypocrite et impérative, finalement vertueuse à force d’exigence d’une apparence vertueuse. De même que BAE commence à faire un peu douteux, de même Wolfowitz ne sera plus invité dans les clubs sélects de la City, — les seules choses restant de l’empire victorien, puisque le reste de Londres, le soi-disant swinging London, est laissée à la crasse des rues mal lavées, aux immigrés pakistanais, aux nouveaux-riches russes qui montent des complots contre Poutine, aux putes de haut vol qui les accompagnent et ainsi de suite.

Cela dit, certes, Wolfowitz et sa gestion de la Banque illustrent bien le naufrage du système qui soumet aujourd’hui notre monde à sa loi. Voilà ce que, en résumé, dirait un commentateur moins bucolique que nous fûmes à cette occasion. Mais tout cela, en filigranes, c’est ce que montre le FT bien mieux que ce commentateur. C’est le piment de la chose, puisque le FT est le pilier du système.

Sources De Defensa

Posté par Adriana Evangelizt

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