“Ces crimes qu’en Irak j’ai commis en votre nom”

Publié le

 

“Ces crimes qu’en Irak j’ai commis en votre nom”

 

par Aaron Glantz

AlterNet

 

 

En 1971, une centaine de vétérans du Vietnam se retrouvaient à Detroit pour témoigner des atrocités qu’ils avaient perpétrées. Du 13 au 16 mars, des anciens d’Irak feront de même à Washington.

Des anciens combattants américains des guerres d’Irak et d’Afghanistan s’apprêtent à se rendre à Washington du 13 au 16 mars prochain pour témoigner sur les crimes de guerre qu’ils ont commis. “La presse ne couvre pas aussi bien qu’elle le devrait la guerre d’Irak, car c’est un théâtre très dangereux pour les journalistes. C’est pourquoi l’opinion américaine a une image aussi fausse de ce qu’est véritablement ­l’occupation militaire”, explique Liam Madden, un ancien marine qui milite aujourd’hui au sein de l’association Iraq Veterans Against the War [les vétérans d’Irak contre la guerre].

Cette association affirme que les exemples de brutalité américaine les plus médiatisés – comme le scandale de la prison d’Abou Ghraib et le massacre d’une famille entière d’Irakiens dans la ville d’Haditha – ne sont pas des incidents isolés commis par “une poignée de brebis galeuses” ; ils s’inscrivent dans la logique “d’une occupation de plus en plus meurtrière”. “Le problème auquel nous sommes confrontés en Irak, c’est que les politiciens au pouvoir ont créé un tel précédent d’illégalité que nous foulons aux pieds l’Etat de droit. Nous ne ­respectons pas les conventions internationales et, lorsque ce type de climat est ­installé, il est très propice aux actes criminels”, assure Logan Laituri, un ancien sergent de l’armée de terre qui a servi en Irak de 2004 à 2005, avant d’être rendu à la vie civile comme objecteur de conscience. Selon lui, ce précédent d’illégalité apparaît de façon manifeste dans les manuels de combat que les officiers distribuent à leurs hommes sur le front. Lorsqu’il était en garnison à Samara [au nord de Bagdad], par exemple, l’un de ses camarades a abattu d’une balle un homme désarmé qui marchait dans la rue. “Le problème, c’est que ce soldat n’a pas commis un crime au sens où l’on pourrait l’entendre, car les règles de combat stipulaient très clairement que personne n’était censé se promener dans les rues, poursuit Laituri. Mais c’est justement ce qui pose problème. On ne peut pas demander à des familles de tout quitter pour ­qu’on puisse bombarder tranquillement leurs maisons. Il est vrai que ce soldat peut se prévaloir de la loi pour se défendre, mais je ne pense pas que cela légitime ce type de violences.”

L’association Iraq Veterans Against the War a baptisé son rassemblement “Soldat d’hiver” et s’est inspirée d’une manifestation semblable organisée il y a trente-sept ans par les vétérans du Vietnam. En 1971, plus d’une centaine d’anciens combattants réunis sous la bannière de l’association Vietnam Veterans Against the War s’étaient retrouvés à Detroit pour faire entendre leurs témoignages à leurs compatriotes. Les atrocités, comme le massacre de My Lai, avaient enflammé l’opposition à la guerre, mais les dirigeants politiques et militaires affirmaient que ces crimes n’étaient que des cas isolés. “Au début, ils sont allés jusqu’à nier purement et simplement le massacre de My Lai”, rapporte Gerald Nicosia, dont le livre Home to War retrace l’histoire la plus exhaustive qui soit du mouvement des vétérans du Vietnam. “L’armée américaine a toujours démenti ces accusations en les attribuant à quelques ‘soldats qui avaient disjoncté’ ou à une poignée de ‘mécontents’ auxquels on ne pouvait donner aucun crédit. Et c’est pour cela que les Vietnam Veterans Against the War ont organisé cette manifestation à Detroit en 1971. Ils sont tous arrivés avec leurs médailles et ils ont démontré qu’il y avait bien plus d’un ou deux mécontents.”

John Kerry*, alors lieutenant de vaisseau de 27 ans et qui avait servi au Vietnam, était dans le public. Trois mois plus tard, il interpellait le Congrès. En achevant ce qui devait devenir l’un des discours antiguerre les plus célèbres de l’époque, Kerry a déclaré : “Quelqu’un doit mourir pour que le président Nixon ne soit pas le premier président à perdre une guerre. Nous demandons aux Américains de réfléchir à cela, car comment peut-on demander à un homme d’être le dernier homme à mourir au ­Vietnam ? Comment peut-on demander à un homme d’être le dernier homme à mourir pour une erreur ?” Les citoyens et les anciens combattants américains se retrouvent aujourd’hui exactement dans la même situation, affirme M. Nicosia. “La population américaine dans sa grande majorité est maintenant très mécontente de la guerre en Irak et ne demande qu’à en sortir. Mais les ­Américains ont été élevés dans l’idée que l’Amérique est un pays bon, et je pense qu’il sera bien plus difficile de leur faire prendre conscience des atrocités que nous commettons au nom de l’Amérique que de surmonter les obstacles pour évacuer les troupes d’Irak.”

* Candidat démocrate à l’élection pré­si­­dentielle de 2004.

Sources Courrier International

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

Commenter cet article